Pauillac

Le Pauillac, ce sont des souvenirs d’enfance et de tablées familiales. C’est aussi un vignoble qui s’étend de l’estuaire de la Gironde à la forêt du Médoc, tout contre Saint-Estèphe, à quelques encablures de Saint-Julien. Chaque bouteille est un récit — surtout les anciennes, couvertes de poussière et tachées d’humidité, que l’on remue doucement pour ne pas troubler le dépôt, et que l’on décante toujours, en tentant de sauver le bouchon qui, muni de sa petite chaîne argentée, viendra orner la carafe.

Pauillac, ce sont 1 200 hectares en production, une petite coopérative en sursis, et de grands châteaux qui rachètent tous les petits, intégrés au cru classé par la magie de l’AOC. Royaume du mariage de l’agneau et du cabernet-sauvignon, Pauillac se distingue avant tout par sa capacité à enfanter des géants : les trois premiers crus en témoignent.

Château Mouton-Rothschild

1er Cru Classé

Seul.
C’est le surnom que l’on pourrait donner à cette propriété si particulière. Seul vin classé deuxième cru en 1855 à avoir été promu premier — par la grâce d’un président de la République, ancien directeur de la banque Rothschild, (mais c’est certainement une coïncidence). Seul vin à avoir mis toute sa production en bouteille au château dès 1924. Seul à faire appel, depuis cette date, à de grands artistes pour illustrer ses étiquettes.

Mouton-Rothschild ne ressemble à aucun autre.

Le domaine s’enrichit d’un second vin relativement récent — Le Petit Mouton (créé en 1993) — ainsi que d’un vin blanc, Aile d’Argent, produit depuis 1991, ces deux vins souvent dignes d’intérêt.

Les années 1980 furent une décennie d’anthologie : 1982, 1985, 1986, 1988, 1989… autant de millésimes de référence. S’ensuivit un passage à vide, dont émergent tout de même quelques réussites (1996, 1998, 1999). Depuis 2004, la régularité est remarquable : le vin figure presque systématiquement parmi les cinq meilleurs de Bordeaux. Une constance qui justifie pleinement son reclassement de 1973 — événement unique dans l’histoire des crus classés.

Château Lafite-Rothschild

1er Cru Classé

Injustement surnommé « la jeune fille de Pauillac », ce très grand vin a toujours été considéré comme le plus élégant de l’appellation. Après la famille de Ségur, c’est la branche Rothschild qui prend le relais en 1868, et la propriété entre dans une ère moderne.

Peu de faiblesses au compteur, à l’exception notable de la décennie 1970, et de quelques millésimes déconcertants comme 1990, sans explication claire. Lafite reste une valeur sûre — pour la qualité, mais pas toujours pour la valorisation. Celle-ci a connu des fluctuations importantes, en partie à cause du marché chinois, très sensible à son nom.

Le second vin, Carruades de Lafite (anciennement Moulin des Carruades), bénéficie de l’aura du grand vin, mais n’a jamais été une référence parmi les seconds.

Château Latour

1er Cru Classé

S’il y a un seigneur à Pauillac, c’est bien lui. Le nombre de millésimes d’anthologie produits ici est trop grand pour être listé. Depuis le rachat par François Pinault en 1993, et sous la houlette de Frédéric Engerer, Latour est devenu un modèle de régularité. Il finit presque toujours sur le podium des meilleurs vins de Bordeaux.

La décennie 1980 n’a pas été la plus brillante du domaine, mais les suivantes ont marqué un retour en force : puissance, maîtrise, constance.

Latour repose sur trois parcellaires bien identifiés, ce qui permet de produire un second vin de très bon niveau, Les Forts de Latour, et un vin communal, Pauillac de Château Latour, qui fut pionnier dans la catégorie des « troisièmes vins » — avec un résultat rarement égalé.

Château Pichon Longueville Baron

2e Cru Classé

En 1689, Pierre Desmezures de Rauzan, régisseur des domaines de Latour et de Margaux, achète des vignes à Pauillac et crée l’Enclos Rauzan. Sa fille épouse Jacques Pichon, baron de Longueville. Le domaine prend alors le nom de Pichon-Longueville.

Issu de la division en 1850 du domaine originel du Baron de Longueville, Pichon-Baron appartient aujourd’hui à AXA Millésimes. Après des décennies de qualité variable, le domaine a été remis sur les rails par Jean-Michel Cazes, déjà propriétaire de Lynch-Bages. Depuis, il a retrouvé son rang de second cru de Pauillac, comme son terroir le mérite.

La régularité est devenue l’une de ses forces, souvent proche des premiers crus dans les meilleures années. Deux seconds vins complètent la gamme : Les Tourelles (réservé à un négociant) et Les Griffons.

Château Pichon Comtesse de Lalande

2e Cru Classé

En 1850, après la mort du baron Joseph Pichon de Longueville, le domaine est partagé entre le baron Raoul Pichon, donnant naissance au domaine de Pichon Baron, et ses sœurs, donnant naissance au domaine Pichon Lalande.

La légendaire générale de Lencquesaing a longtemps porté ce domaine au sommet. Né de la même famille que Pichon Baron, ce cru s’est imposé par des vins d’une grande finesse, souvent salués même dans les millésimes difficiles.

La décennie 1980 fut particulièrement brillante, et aucune faiblesse majeure n’a entaché sa réputation avant ou après. Aujourd’hui, sous la famille Rouzaud (propriétaire de Louis Roederer), le domaine reste excellent, mais pâtit un peu de la comparaison avec son voisin Pichon Baron.

Le second vin, Réserve de la Comtesse, complète l’offre, sans intérêt évident.

Château Duhart-Milon

4e Cru Classé

En l’absence de troisième cru à Pauillac, Duhart-Milon tient une place importante, juste derrière les premiers et seconds crus. Il appartient à la même famille que Lafite, ce qui lui confère un certain prestige.

Ce cru est souvent irrégulier, capable de grandes réussites mais aussi de déceptions. Depuis les années 2000, sa régularité s’est toutefois nettement améliorée, ce qui est de bon augure pour l’avenir.

Château d’Armailhac

5e Cru Classé

Membre de la « tribu » Mouton-Rothschild, ce château a changé plusieurs fois de nom au fil des siècles: d’abord Mouton d’Armailhac, puis Mouton Baron Philippe, Mouton Baronne Philippe, avant de revenir simplement à Armailhac.

Son terroir est de qualité, et son classement s’appuie aussi sur les innovations techniques menées dans ses chais dès le XIXe siècle. C’est un bon rapport qualité-prix parmi les nombreux cinquièmes crus de Pauillac.

Château Batailley

5e Cru Classé

Autre grand nom, Château Batailley a été divisé depuis son classement. Sa réputation est plus discrète, faute de millésimes marquants. La qualité semble cependant s’améliorer depuis les années 2010, ce qui donne de l’espoir aux amateurs.

Château Clerc-Milon

5e Cru Classé

Longtemps associé à Armailhac et appartenant aussi à la « famille » Mouton-Rothschild, Clerc-Milon a franchi un palier depuis les millésimes 2004-2005 grâce à un travail important sur le vignoble et en cave.

Aujourd’hui, il figure parmi les meilleurs de sa catégorie, tout en restant encore accessible niveau prix.


Château Croizet-Bages

5e Cru Classé

Issu de l’ancienne propriété Bages, comme plusieurs autres crus de Pauillac, Croizet-Bages justifie rarement son rang dans le classement de 1855.

Son intérêt réside surtout dans son prix modeste, qui en fait un choix intéressant pour qui veut goûter Pauillac sans se ruiner.

Château Grand-Puy-Ducasse

5e Cru Classé

Un des vins les plus sous-cotés de Pauillac, il produit des cuvées intéressantes sans prétendre au grandiose. Propriété du Crédit Agricole, il mérite qu’on y prête plus d’attention.

Château Grand-Puy-Lacoste

5e Cru Classé

Appartenant à la famille Borie (également propriétaire de Ducru-Beaucaillou), ce domaine offre des vins complets, harmonieux, au potentiel de garde solide. Sa régularité lui vaut une cote plus élevée que la moyenne des cinquièmes crus, mais elle est justifiée.

Le second vin, Lacoste-Borie, est aussi très correct.

Château Haut-Bages-Libéral

5e Cru Classé

Longtemps considéré comme un parent pauvre parmi les cinquièmes crus de Pauillac, ce domaine a enfin su se ressaisir ces vingt dernières années.

Ses vins méritent désormais pleinement leur classement. Espérons que la tendance se confirme !

Château Haut-Batailley

5e Cru Classé

Issu de la division de Batailley, ce cru a eu des fortunes diverses. Sans être dans l’élite de Pauillac, il a produit des vins de qualité régulière.

Racheté par la famille Cazes en 2017, les derniers millésimes laissent un peu d’incertitude chez les dégustateurs.

Château Lynch-Bages

5e Cru Classé

Le grand seigneur des cinquièmes crus, qui a régné sans partage pendant 80 ans. Avant même que la famille Cazes ne l’achète en 1934, un millésime comme 1928 était déjà une référence.

L’application de la famille Cazes a fait de Lynch-Bages un vin dont les prix flirtent régulièrement avec ceux de Pichon-Comtesse, malgré leur différence de classement.

Les années 70 et 80 furent exceptionnelles, tout comme les suivantes jusqu’au début des années 2000, où un changement de style a un peu divisé les amateurs.

Sa cote reste cependant élevée grâce aux États-Unis.

Il produit également un vin blanc, qui ne paraît pas indispensable.

Château Lynch-Moussas

5e Cru Classé

Sans comparaison possible avec son voisin Lynch-Bages, même s’ils partagent la même origine, Lynch-Moussas semble revenir en forme ces dernières années.

Il faut garder un œil dessus, avec l’espoir d’un retour à meilleure fortune

Château Pédesclaux

5e Cru Classé

Construit sur la base de parcelles de Grand-Puy, ce château a connu des hauts et des bas, notamment financiers.

Racheté par Jacky Lorenzetti, il a bénéficié d’investissements importants pour agrandir le vignoble et moderniser les installations.

Les vins se sont améliorés, devenant plus réguliers, même si Pédesclaux ne fait pas encore partie des leaders de sa catégorie.

Château Pontet-Canet

5e Cru Classé

Ancienne propriété des familles Pontet puis Cruse, ce domaine appartient aujourd’hui à Alfred Tesseron.

Depuis 1996, il a réalisé un travail qualitatif remarquable, avec des résultats visibles.

Pionnier de la biodynamie parmi les crus classés de Bordeaux, sa cote est élevée mais souvent justifiée.