Rudolf Steiner

Rudolf Steiner (1861-1925) est le fondateur du mouvement anthroposophique, une pensée qui recouvre de nombreuses sphères de l’activité humaine : éducation, médecine, agriculture… Elle s’inspire des courants théosophiques allemands, ainsi que de croyances bouddhiques et hindouistes — notamment la réincarnation.
Auteur prolifique, Steiner aborde tous les sujets avec une volonté constante d’y introduire des dimensions non rationnelles, ésotériques, voire farfelues selon ses détracteurs. Sa pensée a inspiré, bien avant les vignerons, des philosophes et des pédagogues, notamment à travers le mouvement des écoles « nouvelles » : La Ruche, Maria Montessori et d’autres.

Bien qu’il ne disposât d’aucune formation particulière en agriculture, il donna en 1924 une série de huit conférences à destination des agriculteurs, qui devinrent le socle de l’agriculture biodynamique, et dans le cadre de notre propos, de la viticulture.
Il est quasiment impossible d’aller plus loin dans la présentation de son œuvre: toute tentative d’approche critique (au sens constructif) se heurte à deux camps irréconciliables — ses détracteurs acharnés et ses disciples inconditionnels.

Pour ceux qui, comme l’auteur de ces lignes, s’intéressent uniquement à l’inventeur de la biodynamie, il est bien difficile de distinguer le vrai du faux. Du nietzschéen préfigurant le nazisme au mystique illuminé communiquant avec les forces cosmiques, les caricatures abondent. Ses partisans n’aident guère à clarifier le débat, omettant souvent ses écrits sur les « cinq races-racines » — qui aboutissent, par une heureuse coïncidence, à la suprématie des Européens, en particulier germaniques — œuvres difficilement lisibles aujourd’hui .

Steiner fut avant tout la pierre angulaire de la Société anthroposophique et des écoles Waldorf. Son legs le plus célèbre dans le monde du vin est bien sûr la biodynamie. L’association Demeter, fondée par son disciple Ehrenfried Pfeiffer et dirigée ensuite par Erhard Bartsch, publiait une revue éponyme, organe officiel de l’agriculture biodynamique en Allemagne. Certains auteurs affirment que l’organisation a eu recours à des prisonniers de guerre pour appliquer ses théories agricoles, voire qu’elle aurait offert ses services à la SS pour gérer les terres conquises en Europe de l’Est.
Ces accusations, graves, ne changent pas grand-chose à la théorie — seule matière de notre intérêt ici —, mais elles montrent à quel point le legs de Steiner peut être clivant. Il faut rappeler que celui-ci était mort depuis près de vingt ans lorsque ces faits auraient eu lieu.

Steiner n’eut jamais l’occasion de mettre en pratique ses propres prescriptions, et encore moins d’imaginer leur influence future dans un domaine qu’il n’avait même jamais mentionné : la viticulture.