Les premiers qui se sont faits grands

Saint-Georges terrassant l’INAO

Certains premiers crus sont largement évalués au-delà d’un grand cru de Bourgogne, déjà hors de prix. Le mystère demeure de leur classement en premier cru à l’époque : manque de relations, volonté de rester discret, mauvaise qualité due à un exploitant peu doué ? C’est toujours tout cela en même temps !

Clos Saint-Jacques

Impossible de ne pas évoquer cette parcelle de Gevrey-Chambertin qui, à l’instar des Amoureuses pour Chambolle, est cotée comme un grand cru. La taille du clos est elle-même sujette à caution : la partie haute représente 2,6 hectares, la partie basse est rarement mesurée, même le docteur Jules Lavalle mentionne indifféremment Saint-Jacques et Clos Saint-Jacques. Devenue monopole au fil des années 1920 et 30 (rare exemple d’un tel fait) au profit du domaine du Comte de Moucheron, c’est alors qu’il prend sa dénomination définitive de Clos.

En 1931, le domaine de Moucheron revendique l’appellation « Clos-Saint-Jacques-Chambertin », ce que le général Henri Rebourseau, propriétaire du domaine éponyme, empêchera ; l’éloignement des vignes du Chambertin et du Clos St-Jacques le justifiait pleinement. On peut aussi penser à une rivalité entre les Gibriaçois et Moucheron, étranger murisaltien, ou à un antagonisme politique entre le général républicain et le comte royaliste. En revanche, le domaine obtint une appellation propre, séparée de Gevrey !

Quelques années plus tard et quelques propriétaires plus tard, le Clos fut revendu à quatre vignerons puis suite au démembrement du domaine Clair-Daü, cinq propriétaires se partagent l’appellation : Armand Rousseau (2,21 ha), Sylvie Esmonin (1,6 ha), Louis Jadot (1 ha), Bruno Clair (1 ha) et Fourrier (89 ares).

Les Amoureuses

Cinq hectares quarante de bonheur, c’est ce qu’apporte le cru des Amoureuses aux vrais amateurs de Chambolle. Aujourd’hui plus coté que le grand cru Bonnes-Mares, à producteur égal, il offre un abord de petit Musigny avec une douceur et une profondeur toujours enveloppantes.

Le nom ne vient pas du nombre de jeunes filles qui s’y sont promenées, mais de la terre qui s’attachait aux chaussures amoureusement. Il est parfois difficile de s’en débarrasser !

Quelques domaines se partagent cette appellation particulière : on connaît Groffier, de Vogüé, Bichot, Drouhin, La Pousse d’Or, Amiot-Servelle, mais les plus recherchés sont ceux de Roumier et de Mugnier.

Cros-Parantoux

Voici le cru le plus recherché du monde, toutes catégories confondues, et pourtant il est sans doute le moins intéressant intellectuellement des premiers crus de la côte, par le faible nombre d’exploitants : deux !

La surface exploitée n’est guère plus encourageante : 1 hectare. Et pourtant, malgré son classement médiocre par le Dr Jules Lavalle, trop mal situé, il fut revitalisé puis racheté en grande partie par Henri Jayer qui réussit à en faire un vin d’exception.

Le domaine Méo-Camuzet en conserve une partie encore aujourd’hui ; la part d’Henri Jayer est passée à son neveu Emmanuel Rouget.

Ces deux domaines, qui se partagent la diffusion du cru, ne réussissent pas, et de loin, à atteindre le prix des vins d’Henri Jayer. Revers de la médaille, ce sont aussi les vins les plus falsifiés au monde.

Les Saint-Georges

Bande de vignes partant du haut de coteau jusqu’à la fin, Saint-Georges était si célèbre que la ville de Nuits a changé son nom pour se l’accoler. Henri Gouges, l’un des principaux propriétaires, n’a pas profité de sa position à la création des appellations pour en faire un grand cru : regrettable erreur, même si elle honore sa probité*.

Les Saint-Georges aujourd’hui remplissent tous les critères pour devenir grand cru : la notoriété, le prix, la qualité (une richesse et une puissance sans égales à Nuits), tout sauf un vigneron avec des connections bien placées.

On retrouve donc sur cette parcelle relativement grande (7 ha) principalement Henri Gouges, Thibault Liger-Belair et le domaine des Hospices de Nuits.

*si la légende est jolie, la réalité est plus complexe : à Beaune comme à Nuits, les négociants tiennent le haut du pavé et n’ont pas particulièrement intérêt, à l’époque, à la mise en avant d’un terroir qui favorise naturellement les vignerons. Pour le négociant, c’est la marque qui doit être mise en avant, pas les crus. On retrouve ce phénomène aujourd’hui encore en Champagne.