Fins, élégants, spirituels, ce sont les vins de Margaux. Le vignoble actuel ne ressemble que peu à celui qui a été classé en 1855, avec de nombreux remaniements et déplacements. Le résultat ? Une aire d’appellation très étendue avec près de 1500 hectares, répartis sur les communes de Margaux, Labarde, Cantenac, Arsac et Soussans. Et pourtant, les vins ont effectivement un style commun, et surtout une climatologie commune, comme le prouve le millésime 1983, quelconque dans tout le Médoc et exceptionnel dans tous les châteaux de Margaux.
Margaux contredit toutes les règles classiques du vignoble, avec des coteaux de près de… 15 mètres de hauteur seulement ! Cette platitude n’empêche pas l’appellation de compter le plus grand nombre de crus classés, notamment deuxième et troisième. Vins moins tanniques que leurs homologues du Médoc, ils n’en conservent pas moins une capacité de vieillissement importante, leur finesse devenant presque de la dentelle. Amateurs de vins bodybuildés, passez votre chemin ! Ici ne sont bienvenus que les gens de goût, qui apprécient les vins intelligents, soyeux et raffinés.
Premier cru
Margaux
Seul château de Bordeaux portant son appellation, Margaux est célèbre à plus d’un titre : la qualité de ses vins, leur régularité, le prénom de la fille d’Hemingway… Si le rouge devient d’une qualité exceptionnelle à partir de 1977, date du rachat par la famille Mentzelopoulos, avec un 1978 délicieux et une décennie 80 incroyable, le Pavillon Rouge reste un second vin assez peu intéressant, tandis que le Pavillon Blanc, longtemps irréprochable mais sans intérêt, commence à devenir un très bon vin — trop cher, malheureusement.
La mort de Paul Pontallier a bouleversé tous les amateurs de ce cru, qui s’en remettent difficilement. Il nous aura légué des vins d’exception, dont le 1996 était son préféré. Les derniers millésimes produits peuvent laisser à penser qu’il manque autant aux chais qu’à ses proches.
Les millésimes à ne pas manquer sont essentiellement dans la décennie 80, avec notamment le 1986, le meilleur d’entre eux, suivi par les 1983 et 1982, exceptionnels, sans oublier 1985, 1988, 1989… Le 1985 a cette particularité de devoir être décanté et aéré six ou sept heures avant le service !
Deuxièmes crus
Brane-Cantenac
Un des vins les plus reconnaissables de Bordeaux par son étiquette dorée, qui a peu changé au fil du temps. Le vin, en revanche, a dû patienter longtemps avant de devenir régulier, malgré quelques réussites exceptionnelles (70, 75, 83, 99). Le travail de fond entamé depuis 40 ans se retrouve enfin dans l’assemblage, plus régulier et redevenu parmi les meilleurs de l’appellation.
Durfort-Vivens
Vieille propriété très bien classée mais finalement peu connue du grand public. Durfort-Vivens a repris une étiquette inspirée de celle d’origine et une conduite de la vigne inspirée de pratiques ancestrales ou fantasmées, jusqu’aux cuves en argile. S’il manque parfois de puissance, il n’en reste pas moins un vin très agréable, et dans certaines années, excellent. Gonzague Lurton y a implanté la biodynamie parmi les premiers à Bordeaux.
Lascombes
S’il devait y avoir un Margaux incompréhensible, ce serait celui-là : des décennies à produire des vins durs, facilement reconnaissables mais atypiques ! Les derniers millésimes montrent un net infléchissement stylistique, dont on espère qu’il permettra de justifier son étonnant classement de 1855.
Rauzan-Gassies
Parent pauvre de la division de Rauzan, il a toujours été moins considéré que son voisin. À l’exception de 1983 (comme souvent à Margaux), on peine à lui trouver une cuvée digne d’intérêt. Seuls les derniers millésimes des années 2010 deviennent enfin dignes de son rang.
Rauzan-Ségla
Issu de la séparation du Château de Rauzan, il s’est longtemps appelé Rausan-Ségla pour se démarquer de son voisin, avec une qualité d’ensemble bien supérieure. Aujourd’hui propriété de la famille Wertheimer (Chanel), ses progrès techniques sont évidents — mais les prix ont augmenté plus vite encore que la qualité.
Troisièmes crus
Boyd-Cantenac
Une des plus petites propriétés de l’appellation. Voici un vin méconnu qui, sans être grandiose, tient correctement son rang.
Cantenac-Brown
Voilà un vin controversé : issu de la division de Boyd, il s’est agrandi considérablement puis modernisé depuis les années 2000, sans jamais atteindre un niveau qui le propulserait dans la moyenne des troisièmes crus de Margaux. Son principal intérêt réside dans le château, de style Tudor, rénové à prix d’or dans les années 2020. La création du second vin n’a pas contribué à sa progression.
Desmirail
Il est difficile de parler de ce château qui avait complètement disparu, racheté et divisé par ses voisins. La famille Lurton, une fois de plus, s’est dévouée pour reconstituer le vignoble.
Ferrière
Ce château est resté dans l’ombre de ses puissants voisins pendant longtemps. Propriété de la famille Villars, il est géré par Claire Villars, épouse de Gonzague Lurton (Durfort-Vivens). Également conduit en biodynamie, ce château bénéficie de soins particuliers, pour en faire un vin intéressant, assez complexe et d’une grande finesse — quand il ne passe pas à côté du sujet (2009).
Giscours
Comme il l’a prouvé en 1970, ce château est capable de prouesses. Son terroir est exceptionnel, et il peut réussir des millésimes difficiles ou controversés (excellent 88, très bon 2021). Néanmoins, dans les grandes années, il est rarement parmi les meilleurs (82, 90, 2016…). Malgré le soin dont il bénéficie, il peine à trouver une régularité. Peut-être la recherche de puissance est-elle antinomique avec son terroir ?
Issan
Grande propriété de la famille Cruse, il rejoint en partiele pôle vin de Jacky Lorenzetti à partir de 2013, bénéficiant d’une image de qualité et de longue date. Propriété discrète, le vin est assez régulier, souvent de qualité correcte, mais avec encore du potentiel inexploité.
Kirwan
La famille Schÿler a donné à ce vin ses lettres de noblesse. Longtemps resté un bon rapport qualité-prix, il est devenu depuis quelques années un des meilleurs Margaux, toutes catégories confondues. Hélas ! les prix ont suivi la hausse de la qualité. À suivre néanmoins : le vin est digne d’intérêt.
Malescot-St-Exupéry
Voici un vin qui allie qualité, longévité et prix raisonnable. S’il y a un vin qu’il faut avoir dans sa cave, c’est celui-ci ! Parfaite incarnation de Margaux, il est plaisant assez jeune, mais capable de vieillir, tout en gardant un prix en primeurs loin de ses homologues. Ce n’est donc que rarement le meilleur vin du millésime… mais presque toujours le meilleur rapport qualité-prix.
Marquis-d’Alesme Becker
Un vin peu connu, dont la grande révolution récente est de supprimer le nom Becker de l’étiquette et de rénover la bâtisse. Le vin, sur ses millésimes récents, est plutôt correct et régulier.
Palmer
Le seigneur des troisièmes crus de Margaux atteint des prix stratosphériques, notamment sur ses millésimes mythiques comme 1961 ou 1983. Il est régulièrement parmi les meilleurs de l’appellation, mais son prix fait fuir l’amateur qui n’a pas gagné à la loterie. Il bénéficie d’un second vin, Alter Ego, généralement de très bonne qualité.
Quatrièmes crus
Pouget
Microscopique propriété de Margaux, elle bénéficie néanmoins d’un beau classement. Hélas, les occasions de le déguster sont si rares qu’on ne peut se faire un avis !
Marquis de Terme
Le style fin de ce château ressemble souvent à de la platitude, mais les derniers millésimes montrent une inflexion vers plus de matière.
Prieuré-Lichine
Du temps des Lichine, le château “Prieuré-Cantenac” était assez agréable, sans plus. Depuis le rachat par la famille Ballande, il est devenu un des très bons Margaux, après des années d’efforts et d’investissements. Ses meilleurs millésimes sont les plus récents.
Cinquièmes crus
Dauzac
Ballotté de propriétaire en propriétaire depuis 1992, ce château a besoin de stabilité pour qu’on puisse enfin juger du terroir. En effet, les vins ont subi trop de variations pour être évalués.
du Tertre
Certainement l’un des Margaux historiquement les plus décevants, en tout cas de l’après-guerre, il retrouve des couleurs sous la houlette de sa directrice technique venue de Villemaurine. Le terroir serait-il donc intéressant ? On a hâte de redécouvrir cette propriété !
Crus Bourgeois et divers
Siran
Belle propriété située à Labarde, elle n’a raté son classement qu’en raison de l’absence de ses propriétaires, partis pour l’Argentine. Un grand regret pour les propriétaires suivants, la famille Miailhe, toujours aux commandes, qui n’en a en repris la gestion qu’en 1882. Édouard Miailhe, l’actuel propriétaire et dirigeant, a réussi un spectaculaire bond qualitatif en peu d’années. Les prix restent raisonnables. Un vin de plaisir, donc, largement considéré comme le meilleur cru bourgeois de Margaux.
L’appellation comporte de nombreuses propriétés de qualité, cru bourgeois ou anciens crus bourgeois, on peut citer notamment Labégorce et Labégorce-Zédé, Arsac, Paveil de Luze, Angludet, Monbrison…
