Dépourvu de premier cru mais largement considéré comme l’archétype des vins du Médoc, Saint-Julien compte onze crus classés en 1855. Est-ce ma faute si les onze y trônent ? (© Pierre Desproges).
Saint-Julien se vante d’être la seule appellation du Médoc qui n’ait pas de cave coopérative. Ce n’est guère aimable pour celles des communes voisines qui font un très bon travail qualitatif, mais c’est une façon de dire qu’on n’y boit que des vins de vignerons bien identifiés ! Dans le même esprit, c’est aussi l’appellation dont la surface est la plus couverte de crus classés.
C’est également un terroir où la qualité est l’une des plus homogènes de Bordeaux : peu de vins médiocres, voire aucun, des prix dans l’ensemble raisonnables à deux-trois exceptions près, des vins qui s’apprécient dès dix ans mais vieillissent soixante ans sans problème… Saint-Julien est le paradis du buveur de Bordeaux. Riche sans être trop puissant, tannique sans être râpeux, élégant sans être fluet, c’est l’appellation sise au cœur du Médoc qui plaît au palais.
Appellation de taille moyenne, elle mérite d’être surreprésentée dans les caves des amateurs de vin !
Deuxièmes crus
Léoville-Poyferré
Propriété de la famille Cuvelier, négociants du Nord, Poyferré est resté longtemps le meilleur rapport qualité-prix des trois Léoville. Depuis 2009 et ses premiers scores de 100 points chez Robert Parker, le style s’est affirmé vers plus de maturité, ce qui ne doit pas faire oublier les millésimes du passé, comme 1990, exceptionnel. Moulin Riche fut longtemps une sorte de second vin, assemblé à d’autres parcelles, avant la création du Pavillon de Poyferré, un vrai second vin, qui n’a pas le même intérêt.
Léoville-Las-Cases
Le seigneur de Saint-Julien est à l’origine de l’expression « super seconds », tant sa réputation est proche d’un premier cru classé. Malgré quelques faiblesses dans les années 1970, c’est le cru de référence de son appellation. C’est aussi le prix le plus élevé ! Le prix de l’excellence, évidemment. Clos du Marquis a longtemps été son second vin, mais s’en est détaché ; c’est désormais le Petit Lion qui joue ce rôle, sur lequel on manque encore de recul pour juger.
Léoville-Barton
Le troisième Léoville appartient, comme son nom l’indique, à la famille Barton, et est implanté à l’origine sur le terroir le plus marécageux de Léoville. Ce qui fut un désavantage il y a cent ans devient un atout avec le réchauffement climatique. Depuis les années 2000, Léoville-Barton nous livre des vins régulièrement de très bonne qualité, parmi les meilleurs de l’appellation.
Gruaud-Larose
Ce château bénéficie d’un terroir qui a fait ses preuves : aujourd’hui encore, les vins des années 60 restent magnifiques, ceux des années 80 aussi, avec notamment le 1982, probablement le meilleur vin du millésime après Lafite. Depuis le rachat par la famille Merlaut, Gruaud-Larose est un des meilleurs Saint-Julien chaque année, souvent le meilleur, tout en gardant un prix très attractif pour un deuxième cru. C’est un vin qui connaît peu de faiblesses (1990) et reste raisonnable : à avoir absolument dans sa cave ! Son second vin, Sarget, est un des plus intéressants de sa catégorie.
Ducru-Beaucaillou
Chacun connaît l’étiquette orange de ce beau château, capable de prouesses mais dont la régularité reste à démontrer. Le 1970, par exemple, selon la mise en bouteille, peut être excellent ou complètement raté. Ces dernières années, une volonté de « premiumisation » s’est faite jour, avec une hausse des prix spectaculaire et une qualité en progrès. Trois autres vins entourent le grand vin, rendant la gamme compliquée, sans utilité évidente : La Croix de Ducru et Le Petit Ducru, entre autres.
Troisièmes crus
Lagrange
Appartenant au groupe japonais Suntory depuis quarante ans, ce vin bénéficie de grands soins qui transparaissent dans sa régularité, à des prix toujours raisonnables. Vins souvent durs à l’ouverture, ils nécessitent une longue aération pour exprimer leur potentiel. Les Fiefs de Lagrange sont un très bon second vin, notamment jusqu’en 1995, et Les Arums de Lagrange, en blanc, incarnent un des rares blancs du Médoc vraiment corrects.
Langoa-Barton
Dans l’ombre de son grand frère Léoville, Langoa est un vin délicieux, souvent plus agréable dans sa jeunesse, et toujours d’un excellent rapport qualité-prix. Encore un Saint-Julien qu’il faut avoir dans sa cave ! Hélas, presque toute la production est exportée.
Quatrièmes crus
Beychevelle
La star des quatrièmes crus de Bordeaux, toutes appellations confondues, doit son succès à son étiquette plus qu’à son vin, assez irrégulier et souvent décevant, surtout au vu de son prix élevé. Il a néanmoins produit des merveilles étonnantes (1964 par exemple). Il produit aussi l’Amiral et les Brûlières, qui ne sont pas plus intéressants.
Branaire-Ducru
Un très bon cru depuis les années 80, repris par le groupe de la famille Maroteaux à la fin de cette décennie, et porté par Patrick Maroteaux à un sommet qualitatif, avec notamment un 1996 d’anthologie, et de grands 2005 et 2010. Son fils François-Xavier a engagé de gros investissements avec une cuverie spectaculaire, pour des vins qui se caractérisent par leur régularité. Encore un Saint-Julien qu’il faut avoir dans sa cave !
Saint-Pierre
Petit pour l’appellation, Château Saint-Pierre appartient à la famille Triaud-Martin, comme Gloria. Ce n’est cependant pas le plus régulier des Saint-Julien, et curieusement, il ne connaît pas toujours les mêmes réussites que Gloria.
Talbot
Seul vin issu du groupe Cordier resté dans la famille (branche de Jean Cordier) avec le rachat en 1995, tandis que les autres châteaux partaient dans toutes les directions. Talbot a souffert de cet endettement familial alors que c’était un des meilleurs vins de l’appellation, pour un prix toujours raisonnable. Il redevient, au fil des ans, ce qu’il a toujours été : un très bon Saint-Julien, très régulier, et qui doit lui aussi trouver une place dans toutes les caves. On peut s’intéresser aux vieux millésimes, qui avaient un long potentiel de garde. Le Connétable de Talbot est un des plus anciens seconds vins.
Crus Bourgeois
Gloria
Un vin de famille, que l’on retrouve sur les tables bordelaises le dimanche. Gloria n’est pas classé, mais aurait eu le niveau si les circonstances eussent été différentes. Le résultat : un vin d’un très bon rapport qualité-prix, qui vieillit très correctement.
Moulin Riche
Ancien second vin de Poyferré, mais avec son propre cadastre, il a pris son autonomie (toujours géré par la famille Cuvelier) pour faire profiter les amateurs de son terroir résolument différent, avec une forte proportion de Petit Verdot, cépage difficile mais très aromatique. C’est aujourd’hui une propriété à part entière et un vin qui, pour 20 € en primeurs, offre une excellente prestation.
Du Glana
Un classique de l’appellation, de ces vins qu’on ne fait pas vieillir en cave mais que l’on a souvent plaisir à trouver sur la carte d’un restaurant.
Clos du Marquis
L’ancien second vin de Las Cases bénéficie, comme Moulin Riche, d’une autonomie nouvelle et réussit de très bonnes cuvées depuis. Seul le prix est douloureux !
