Le fleuve le plus long de France est aussi, logiquement, celui qui borde le plus grand nombre de vignobles. Par convention, on commence à Sancerre (Pouilly-Fumé, Menetou-Salon, Coteaux du Giennois) pour terminer en Muscadet, mais on pourrait y inclure les vins de Saint-Pourçain et des côtes d’Auvergne, en amont du fleuve. Entre Sancerre et Nantes, on traverse l’Orléanais, la Touraine (Quincy, Cheverny, Vouvray, Montlouis, Jasnières), la région des grands rouges (Chinon, Saumur-Champigny, Saint-Nicolas de Bourgueil), puis l’Anjou (Coteaux du Layon, Savennières).
Un vignoble qui commence par une partie mixte, mais majoritairement blanche, suivie d’une région de blancs, puis de rouges quasi exclusifs, puis de blancs secs et liquoreux, enfin de blancs aigrelets. Les cépages vont du Melon de Bourgogne au Sauvignon, en passant par le Chenin et le Romorantin pour les blancs, puis du Gamay au Pinot noir en passant par le Cabernet franc pour les rouges. Voilà pour l’image d’Épinal, qui comporte toujours un fond de vérité.
Mais à la faveur des changements climatiques et générationnels, les valeurs ont été chamboulées : les Sancerre rouges, avec les domaines Vacheron et Pinard, sont devenus une référence intéressante ; les Chinon blancs (Olga Raffault, Philippe Alliet) gagnent en reconnaissance, même s’ils restent loin du terroir de Brézé à Saumur, tiré par le Clos Rougeard, mais aussi par Guiberteau. L’Anjou rouge n’a pas encore fait sa révolution, peut-être en cours, et en Muscadet, seuls quelques aventuriers s’essaient au rouge, l’appellation étant exclusivement en blanc.
C’est donc une vaste région en pleine mutation, qui offre (offrait ?) à l’amateur de très bons vins à des prix encore raisonnables. Hélas pour les amateurs — et tant mieux pour les vignerons —, les prix ont fortement augmenté, ici comme ailleurs. Sans parler des stars de la région : Savennières, tiré par Nicolas Joly, quoi qu’on pense de la stabilité de ses vins ; Saumur-Champigny, par le Clos Rougeard, Thierry Germain et d’autres ; Bourgueil et Saint-Nicolas, par les Breton ; Muscadet par Jérôme Bretaudeau, meilleur vigneron 2024 (mais aussi Luneau-Papin, Jo Landron, etc.) ; Pouilly-Fumé par Dagueneau, seul Sancerre bénéficie d’une vaste communauté de vignerons de qualité (outre Vacheron et Pinard, déjà cités, on peut ajouter Bourgeois, les Mellot – Joseph et Alphonse -, Lucien Crochet…). On ne cite volontairement pas l’une des grandes stars locales, Richard Leroy, dont les vins sont classés en vin de France, ce qui n’en fait pas un grand défenseur de la région !
Il est encore temps de profiter de la qualité des vins de la région, mais ce n’est plus l’eldorado de l’amateur des années 90 avec des vins inconnus à prix bradés.
Une des particularités des vins de Loire, longtemps considérés comme des vins de comptoir, c’est aussi leur étonnante capacité à vieillir (j’exclus ici le Muscadet, mais cela peut changer). Les rouges de cabernet franc notamment ont un potentiel de vieillissement de plusieurs décennies, mais le chenin donne également des vins aux profils aromatiques qui ne craignent pas un long séjour en cave. Peu à peu, les vins de Loire deviennent plus respectés comme vins de gastronomie, défendus ainsi depuis longtemps par le restaurant Au Petit Riche.
C’est aussi une région d’expérimentation avec le pionnier de la biodynamie en France, Nicolas Joly, et une génération de joyeux explorateurs de techniques nouvelles ou anciennes réinventées, on pense au regretté Christian Chaussard, infatigable expérimentateur, à Jacky Blot, le chevalier de Montlouis, à Jo Pithon et tous les nouveaux vignerons « nature », trop nombreux pour les citer, avec leurs amphores, leurs dames-jeannes sous voile… Après les vins de soif et les vins de gastronomie, la Loire nous apporte donc les vins de méditation.
Comme le disent les vignerons du cru : nul n’est censé ignorer la Loire !
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