Soignez-vous par le vin !

« Le vin fait moins de victimes que la pharmacopée » : ainsi parlait James de Coquet, fin gastronome, cité par le Dr Maury, l’immortel auteur du livre : Soignez-vous par le vin. L’objet de cet article n’est pas de juger la pertinence du livre en question, mais d’en résumer le contenu, sans le prisme des hygiénistes, toujours présents.

L’affirmation principale du livre est statistique : en cette époque lointaine, à l’époque où la consommation de vin dépassait les 100 litres par habitant en France et en Italie, le taux de mortalité cardio-vasculaire était inférieur de moitié dans ces deux pays par rapport aux pays anglo-saxons, buveurs de bière et de lait (c’était avant l’arrivée massive des sodas). Cette statistique a d’ailleurs été récemment (2026) confirmée par une méta-étude britannique portant sur 37 000 personnes.

Le livre recommande par ailleurs l’Alsace contre les rhumatismes, les Graves contre la fatigue post-opératoire, le Médoc comme tonique et fortifiant, les Sauternes une action calmante sur les nerfs, les crus de Saint-Émilion contre la décalcification, le chablis contre l’hypertension, les vins de Nuits-Saint-Georges contre l’anémie, curieusement les vins de la côte de Beaune ont moins de vertus thérapeutiques, le Beaujolais est, de son côté, particulièrement conseillé dans les régimes végétariens…

Mais c’est évidemment le champagne qui remporte la palme : il est recommandé en cas d’infarctus du myocarde, de coli-bacillose urinaire, d’artério-sclérose, et de rhumatisme chronique ! Les spasmophiles, les angoissés, les victimes d’ostéoporose se porteront sur les Côtes-du-Rhône, tandis que les allergiques iront puiser leur curation dans les Corbières. Enfin, si l’on se casse une jambe, le Saumur-Champigny sera idéal pour la convalescence et la réparation.

Après un tel inventaire à la Prévert, on croit en avoir fini : que nenni ! Car de nouveaux conseils sont donnés par le bon docteur, et on voit d’ici bondir la Ligue de la Joie de Vivre des hygiénistes : en cas d’allaitement, Graves rouges, Beaujolais et Blanquette de Limoux sont les vins les plus recommandés ! On suppose que le lait aura meilleur goût. Pour le sujet de la perte de poids, elle sera encouragée par l’absorption de côtes de Beaune et de vins de Corse. Le cholestérol sera dissous grâce au Muscadet, à l’Alsace et au Provence rosé… Mais le meilleur conseil du livre est certainement celui donné aux femmes enceintes : Cahors, Côtes-de-Nuits, Côtes-du-Rhône, Saint-Émilion, Irouléguy. Voilà pourquoi les Basques sont de si beaux bébés !

On ne remerciera jamais assez le docteur Maury pour ces précieux conseils. De là à les suivre, chacun sera libre de son interprétation. Le docteur Maury, grand spécialiste de l’homéopathie, connaissait certainement les secrets thérapeutiques de la production viticole française, qu’il proposait avec le même sérieux que les prescriptions homéopathiques.

Le livre est édité aux éditions Marabout, et rarement un nom aura été plus approprié !