Bourgogne

La région de Bourgogne est assurément celle qui produit les vins les plus recherchés au monde, malgré sa taille moyenne et la parcellisation extrême de son vignoble. Malgré ou à cause de ces éléments — car les grands amateurs d’aujourd’hui, tout comme les grands collectionneurs, privilégient la rareté, l’exceptionnel. Il faut reconnaître que la Bourgogne nous fait tourner la tête, avant même d’avoir bu de son divin nectar : un peu moins de 30 000 hectares, de Mâcon à Chablis, plus de 80 appellations, 560 premiers crus et 33 grands crus, sans compter toutes les dénominations parcellaires qui complètent de plus en plus souvent les appellations villages, en tout plus de 1560 dénominations !

Son histoire remonterait au début de l’Empire romain (les Gaulois achetaient du vin italien deux siècles avant notre ère ; les premières plantations locales seraient plutôt des alentours de 40 ou 50 après J.-C.). Dès le VIᵉ siècle, les moines commencent à exploiter la vigne, à des fins religieuses dans un premier temps, puis pécuniaires. Le mouvement cistercien à travers l’Europe propagea le goût du vin un peu partout, mais les meilleurs crus de Bourgogne étaient déjà identifiés en partie, avec des clos déjà délimités.

Ce sont évidemment les grands ducs de Bourgogne qui allaient donner à la région ses lettres de noblesse. Tout le monde connaît l’interdiction de Philippe le Hardi d’utiliser le « vil et déloyal » gamay en 1395. Le pinot noir devient seul maître à bord. Le développement du duché de Bourgogne fait connaître ses vins dans toute l’Europe. Mais l’étape ultime de la prospérité bourguignonne se fera quelques siècles plus tard : le révérend docteur Fagon conseille à son royal patient, Louis XIV, de ne plus boire de vin de Champagne (rouge) au profit du vin de Bourgogne. Louis XIV, qui avait rétabli son petit-fils dans la titulature du duché de Bourgogne, n’avait guère besoin de plus pour être convaincu.

C’est à cette époque que la grande noblesse commence à s’intéresser au vignoble bourguignon, ce qui se traduira quelques années plus tard par la bataille homérique entre la Pompadour et le prince de Conti pour l’acquisition d’un domaine à Vosne-Romanée, qui porte encore son nom.

La Révolution française allait encore bouleverser l’ordre établi : monastères, ordres cléricaux et biens nobles furent confisqués sans autre forme de procès, au profit des riches bourgeois industrieux qui soutenaient le nouveau régime. Le nouveau Code civil napoléonien allait parachever l’œuvre de destruction de la République : la répartition des terres entre les héritiers rendit les parcelles de plus en plus petites. Heureusement, un savant, le docteur Jules Lavalle, allait enfin éditer la carte définitive des crus de Bourgogne en 1855 — l’autre classement de cette année-là. Le Comité d’Agriculture de Beaune la reprendra à son compte, afin de promouvoir la hiérarchie des vins de Bourgogne en Angleterre.

La Bourgogne n’en avait pas fini avec les difficultés : la plus grande partie du vin était alors mise en bouteille par les négociants. Un petit groupe de vignerons allait s’unir pour reprendre la mise en bouteilles à leur compte, avec en tête le marquis d’Angerville pour la Côte de Beaune et Henri Gouges pour la Côte de Nuits. La fraude n’était pas rare, avec des camions de vin algérien qui venaient renforcer le degré alcoolique des vins anémiques de la Côte-d’Or. La promotion des vins authentiques de Bourgogne conduisit aussi à la création de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin.

Les années chaudes d’après-guerre, puis l’indépendance de l’Algérie, ont conduit le vignoble de Bourgogne à faire enfin sa propre révolution. Les grandes figures des années 1970 et 1980, Henri Jayer en tête, ont montré la voie : tout le monde veut faire de la qualité. Le rachat du domaine Charles Noëllat par Madame Bize-Leroy, à l’occasion de son exclusion de la Romanée-Conti, et sa transformation en domaine de référence, conduisirent la plupart des grands domaines à se convertir à la biodynamie. À partir des années 2005 et suivantes, le prix n’est plus un obstacle : le monde entier veut du Bourgogne !

Les années 2000 deviennent donc une formidable caisse enregistreuse pour la région. Comme toute médaille a son revers, le prix du foncier devient si élevé que seules les grandes fortunes peuvent racheter des domaines pourtant familiaux depuis des générations. Quant à l’amateur, il est désormais exclu du monde des grands vins de Bourgogne. Exclu par le prix, exclu par l’accueil, qui, en vingt ans, est devenu sporadique et pas toujours aimable. La crise qui pointe — même ici — le bout de son nez, saura-t-elle redonner aux Bourguignons leur sens de l’accueil ?

L’amateur patient et obstiné trouve encore son bonheur, en sortant des sentiers battus : Chablis offre encore des vins blancs attractifs, ainsi qu’à l’autre extrémité de la région, le Mâconnais. Au sein des deux côtes, entre Marsannay et Maranges, un certain nombre de villages permettent encore de trouver quelques vins rouges et blancs sincères, de bon niveau et encore abordables : Fixin, Aloxe-Corton, Monthelie, Auxey-Duresses, Santenay, Bouzeron. Certains de ces producteurs offrent aussi des cuvées issues des grands vignobles voisins, à des prix plus attractifs que les domaines autochtones.

Fiche technique

Côte de Nuits

Chambolle-Musigny

Gevrey-Chambertin

Morey-Saint-Denis

Nuits-Saint-Georges

Vosne-Romanée

Vougeot

Côte de Beaune

Meursault

Puligny-Montrachet

Chassagne-Montrachet

Chablis

Côte chalonnaise

voir aussi

Les premiers qui se sont faits grands

Grand Cru de Bourgogne

La Confrérie du Tastevin