
La Champagne est la région sans doute la plus identifiée à sa production viticole de la planète. Connu dans le monde entier, son vin effervescent est le synonyme du raffinement et de l’esprit festif. Mais son invention ne fut pas un long fleuve tranquille !
Siège des grandes foires médiévales, point de passage obligé pour les échanges continentaux, parfois à ses dépens, la Champagne fut aussi un des grands centres de production de vin rouge pour Paris, jusqu’au règne de Louis XIV. Popularisé à la Cour par des grands seigneurs locaux, il perdit sa suprématie à cause du Docteur Fagon, qui recommanda au roi de boire du vin de Bourgogne pour conserver sa santé et sa virilité. Plus prosaïquement le refroidissement climatique empêchait les raisins de Pinot noir de mûrir et de donner au vin la couleur vermeille qui plaisait aux amateurs.
Vers 1723, les échevins de Reims, constatant le désamour pour le vin local, demandent au régent de pouvoir mettre en bouteille leur vin gris (œil-de-perdrix) qui avait tendance à refermenter en avril. En 1728, c’est le grand jour ! Pour la première fois, une région viticole est autorisée à transporter et commercialiser son vin en bouteilles. Mais la mousse ne prend pas chaque année ; il faut attendre les années 1830 pour que le pharmacien de Châlons, Jean-Baptiste François, réussisse à comprendre et maîtriser le principe de la fermentation, la quantité de sucre dans le vin et le rapport avec le CO² produit, et ce après avoir résolu le problème de la « graisse » des vins. Il comprend également le rôle des levures dans le processus. Ce scientifique est véritablement l’illustre inconnu du champagne ! Sa mort prématurée, en 1838, ne lui permit pas de mener à bien toutes ses recherches, mais sa contribution au champagne moderne fut décisive.
C’est à cette période que le nombre de maisons de champagne explosa. Mumm (1827), Bollinger (1829), Delbeck (1832), Boizel (1834), Pommery (1836), de Venoge (1837), Deutz (1838), Krug et Besserat (1843), Pol Roger (1849), Mercier (1858)… une prolifération rapide qui ne cessera de croître pendant le reste du XIXe siècle et du XXe.
Les innovations techniques seront aussi une part importante de l’évolution du champagne : l’invention du fil de fer autour du bouchon, puis de la plaque de muselet pour éviter qu’il ne se déchire, le renforcement de la bouteille, la capsule de vieillissement, l’automatisation du dégorgement… Cela permit à la région d’atteindre 320 millions de bouteilles en production, pour seulement 34 000 hectares en production.
Blanc ou rosé, millésimé ou non, le champagne se boit à l’apéritif, à table ou au dessert, selon les goûts et les invités. On le boit par plaisir et par nécessité, tant il est capable de remonter le moral ou de marquer la réussite. La plus belle conquête de l’Homme n’est-elle pas plutôt le champagne ?
