Petit vignoble de deux cents hectares environ, l’originalité des vins de Condrieu tient à deux facteurs : le cépage et le terroir. Proche de Côte-Rôtie et de Saint-Joseph, l’appellation ne produit que du blanc, issu du cépage viognier. On raconte qu’il offre des parfums de violette… on peut aussi se contenter de dire qu’il a une certaine rondeur, qu’il est très parfumé, et que contrairement à la légende il a aussi une vraie capacité de vieillissement dans certains crus (et chez certains producteurs).
Une autre particularité tient à sa nature même : il a été liquoreux, on en retrouve parfois encore, soit de vieux millésimes, soit plus récemment de producteurs qui tentent de relancer cette vieille appellation.
Enfin, ce vignoble fut précédé, dans la reconnaissance officielle, par le château Grillet, qui fait partie des cinq grands vins blancs de France selon Curnonsky. Appellation officielle dès 1936, Château-Grillet obtient ainsi par l’administration la reconnaissance de sa réputation auprès des amateurs. Il faudra attendre 1940 et le gouvernement de Vichy pour que Condrieu ait la sienne.
Condrieu doit beaucoup à la ténacité de Georges Vernay, convaincu de l’avenir du cépage. A partir de 1953, il commence à replanter un vignoble qui, comme beaucoup d’autres dans la région, était tombé à quelques hectares à peine. Son domaine, dirigé par sa fille Christine, reste dans l’élite de l’appellation. On peut citer également des domaines traditionnels comme André Ferret, des domaines plus innovants comme François Villard, un domaine réputé comme Yves Cuilleron, des cuvées de prestige comme La Doriane de Guigal… Sans oublier les nombreux domaines d’Ampuis qui possèdent des petites parcelles de Condrieu.
Condrieu a donc conquis, dans le sillage de Château-Grillet, ses lettres de noblesse, sans toutefois atteindre la cote de son prestigieux voisin. Cela tient sans doute au peu de crédit que nombre de dégustateurs accordent encore à sa capacité de vieillissement. Or l’aptitude à traverser les décennies demeure, aux yeux des collectionneurs, l’un des principaux critères qui distinguent un grand vin d’un simple très bon vin. Lorsque les producteurs eux-mêmes recommandent de le boire dans sa jeunesse, ou que les locaux le surnomment volontiers « le vin de pétanque », il est difficile de convaincre les amateurs d’en faire un vin de fond de cave… et donc de soutenir durablement sa valeur sur le marché.
Georges Vernay
Le symbole ultime de Condrieu, le domaine Vernay, est dirigé par Christine Vernay qui élabore depuis quelques décennies maintenant les vins les plus sublimes de l’appellation. En dehors de la cuvée qui a bâti sa réputation, « Coteau de Vernon », qui bénéficie d’une belle capacité de vieillissement, Christine Vernay a ajouté les « Chaillées de l’enfer », et les « Terrasses de l’Empire ». Une quatrième cuvée a été commercialisée chez Metro et dans quelques enseignes, qui s’appelle « La Grange aux Serpents ».
Madame Vernay a développé la gamme des rouges, en Côte-Rôtie comme en Saint-Joseph. Il est dommage qu’elle n’ait pas imité Yves Cuilleron qui a produit des Saint-Joseph blancs monocépages de toute beauté.
Guigal
Condrieu est la preuve que Guigal sait aussi faire des vins blancs, contrairement aux rumeurs, et qu’en outre ils vieillissent bien ! On peut trouver que le style est trop pommadé, mais le Condrieu tout simple est un joli vin, dont l’expérience prouve qu’il s’améliore pendant dix ans au moins ! La Doriane est un essai brillant de reproduire l’intuition géniale de Marcel Guigal avec les grandes cuvées de Côte-Rôtie, qui ont tant fait pour tirer l’appellation vers le haut. Exceptionnellement expressive dans sa jeunesse, la Doriane peine à convaincre sur le long terme : quand la fraîcheur est partie, les équilibres ne sont plus là et on peut trouver que le vin est un peu lourd, ce qui est le comble pour un Condrieu. Gageons qu’avec l’expérience, un peu moins de fût, les terroirs parleront enfin ! Pour conclure, la maison offre « Luminescence », un vin moelleux.
Yves Cuilleron
Dans les années 1990, Yves Cuilleron a apporté un vent de fraîcheur dans l’appellation. Avec seulement 3,5 hectares, le vigneron partait de peu ! Mais sa notoriété fut immédiate, portée par un style exceptionnel gourmand et raffiné, puis se développant avec des cuvées de Saint-Joseph incroyables, en pure Marsanne et pure Roussanne, passionnantes, complétant bien la gamme des goûts de blanc de Cuilleron. Hélas, trois fois hélas, Yves Cuilleron s’est passionné pour le vin rouge, lui qui faisait des blancs si passionnants ! Le résultat ? Une cuvée « Les Terres sombres » très puissante, noire, loin de la finesse et de la gourmandise des blancs, et des Saint-Joseph qui peinent à convaincre, mais qui ont leur public…
François Villard
Le dynamique et inventif François Villard a passé la moitié de son existence à créer de nouvelles cuvées et l’autre moitié à déguster partout, tout le temps, les vins produits dans d’autres régions viticoles : un rare exemple d’ouverture d’esprit, illustrant la personnalité de ce producteur fantasque, sympathique, qui fait des vins exceptionnels et parfois plus prosaïques ! Avec l’âge, il s’est sans doute assagi en recherchant plus d’équilibre et de fraîcheur dans ses cuvées, en particulier sur le Condrieu qui pouvait parfois être excessivement rond. Le domaine, lui, est passé de quelques arpents de vigne à 45 hectares, couvrant outre Condrieu les appellations locales : Saint-Péray, Saint-Joseph, Crozes-Hermitage, Cornas, Côte-Rôtie. De son propre aveu, l’utilisation de la vendange entière pour les rouges l’a conduit à modifier la vinification, cessant tout pigeage au profit de quelques remontages. Quant aux blancs, ils sont vinifiés en fût et régulièrement bâtonnés, ce qui est peut-être parfois exagéré. Globalement, une belle gamme avec des vins intéressants, qu’il faut déguster pour trouver celui qui sera idoine.
