La biodynamie

Entre agronomie, écologie et ésotérisme, la biodynamie fascine autant qu’elle divise. Rite mystique ou démarche sincère ? Quelques éléments de réponse, de l’origine à nos jours.

Le Cours aux agriculteurs de 1924, présenté par Rudolf Steiner, ne mentionne pas la biodynamie mais parle de « fertilisation biologique ». Vers 1930, l’expression devient « agriculture biologique et dynamique », du grec dynamis, la force, puisque l’agriculteur est censé travailler avec les forces de la nature, dont l’action orientée permet, selon l’anthroposophie, la croissance saine des plantes et des animaux.

En 1939, la conférence de Betteshanger (Kent) rassemble les premiers praticiens lors d’un congrès mondial, qui donne naissance au concept d’organic farming (la ferme conçue comme un organisme vivant) et irrigue le mouvement biologique à travers l’Europe.

Ironie de l’histoire, ces deux courants, biologique et biodynamique, souvent confondus aujourd’hui, sont devenus farouchement antagonistes. Ce qui les sépare, c’est l’usage de certaines préparations à base de plantes, de composts, de tisanes et surtout la fameuse bouse de vache (préparation 500), dont l’efficacité scientifique reste à démontrer, mais aussi la référence explicite à des forces ésotériques : astrales, éthériques, voire « du Moi ».

La liste des préparations conseillées par Steiner étonne : elles impliquent, entre autres, des crânes de bovins, des vessies de cerf ou encore des intestins animaux comme contenants. L’eau doit être dynamisée, remuée pour former des vortex, qui lui transmettent une énergie vitale… que l’on retrouve dans la vigne.

Quant aux influences astrales… on redécouvre la Lune ! Ce que la tradition millénaire savait, ce que les jardiniers pratiquent toujours, revient sur le devant de la scène. Mais quelle est cette influence ? Gravitationnelle ? Liée à la lumière ? Ou purement mystique ? On peut admettre une influence de la Lune sans tomber dans la pensée magique, même si elle reste difficile à quantifier scientifiquement.

Ce qui ne fait en revanche guère débat, c’est que réduire les intrants de synthèse au profit de traitements plus naturels est bénéfique, pour la vigne comme pour l’homme. Cela dit, les nœuds planétaires et la bouse dans la corne… c’est difficile à avaler. Aucune étude sérieuse ou méta-analyse n’a pu confirmer les « intuitions » du maître. Certaines préparations relèvent plus du rite ésotérique que du raisonnement scientifique.

Alors, la biodynamie : secte occulte ou aimable congrès de poètes ruraux ? Ni l’un ni l’autre, bien sûr. Pour de nombreux vignerons engagés, elle représente surtout une tentative sincère d’aller plus loin, au-delà des progrès permis par le conventionnel ou le bio.

Et c’est précisément ce qui rend la biodynamie lente et difficile à évaluer. Ses effets, s’ils existent, ne se manifestent qu’à long terme, dans un métier où l’on travaille souvent pour les générations futures.

Elle n’a pas encore résolu le problème du matériel végétal : les porte-greffes sélectionnés sont parfois douteux ou mal adaptés. Les traitements chimiques sont remplacés par d’autres traitements (soufre, cuivre, travaux mécaniques), mais ces derniers ne sont pas neutres : ils peuvent émettre du CO₂ ou des particules fines. Tout le monde n’a pas une écurie à domicile pour tirer ses charrues…

Et la vinification dans tout ça ? Elle reste le point aveugle : il y a aussi de mauvais vins en biodynamie, comme en bio ou en conventionnel. Car pour faire un grand vin biodynamique, il faut d’abord être un grand vigneron. Et un vrai vinificateur.

Voir aussi

Lexique

Rudolf Steiner

Nicolas Joly