Le Rhône

Côtes du Rhône septentrionales

Au nord, c’était la syrah.

Le cépage le plus teinturier de France règne ici sans partage, ou presque — car il lui arrive d’être escorté par quelques raisins blancs. Les appellations y sont parmi les plus réputées de l’Hexagone : Côte-Rôtie, Cornas, Hermitage, Saint-Joseph et Crozes-Hermitage pour les rouges, ces trois dernières bénéficiant d’une production en blanc parfois sous-estimée.

D’autres appellations sont exclusivement blanches : Saint-Péray, aux bulles historiques oubliées, Condrieu, fief du viognier, et Château-Grillet, minuscule enclave aristocratique, monopole au statut d’appellation.

Le vignoble avait presque disparu, en particulier à Cornas, mais les surfaces de plantation furent réduites également ailleurs, ne survivant parfois que grâce au travail de mise en valeur de la maison Jaboulet auprès de la restauration. Une nouvelle génération de vignerons allait enfin venir ressusciter le vignoble: Marcel Guigal, en Côte-Rôtie, reprenait le domaine familial très jeune et développait la mise en bouteilles puis une gamme de crus promise à un grand avenir ; quelques années plus tard, Michel Chapoutier reprenait le domaine paternel sur fond de désaccord stratégique, dont il allait faire le plus grand domaine français en bio et biodynamie ; la famille Jaboulet, à qui la région devait tant, était frappée par le malheur et se résolvait à vendre ses parts à un lointain étranger – un champenois, c’est tout dire.

Autour de ces trois piliers, peu à peu, le vignoble renaissait : les jeunes s’installaient, et les trois pieds de vigne du grand-père n’étaient plus un souvenir mais un actif ! À Cornas, la famille Juge prenait sa retraite, mais les Voge, Lionnet, Paris, Villard, Barret allaient redonner ses lettres de noblesse à cette vieille appellation presque disparue. À Saint-Joseph, ce sont Gonon et Coursodon qui prouvaient les premiers que l’appellation ne produisait pas qu’un « vin de cocher ». Quant à Crozes-Hermitage, Jean-Louis Chave, Marc Sorrel et Alain Graillot allaient être rejoints par Laurent Combier, Gilles Robin, Dard & Ribo, Yann Chave et tant d’autres… sans oublier la maison Delas qui, reprise par Louis Roederer, allait connaître un nouveau dynamisme.

Les vignes du Rhône nord sont cultivées le plus souvent en terrasses (particulièrement les Côte-Rôtie) dans des conditions difficiles. Il est fréquent que des vignes de blanc (Marsanne, Roussanne) soient également présentes dans le vignoble, même lorsqu’il n’existe pas d’appellation en blanc : elles sont alors intégrées au vin rouge, jusqu’à 13% de l’assemblage.

Les blancs eux-mêmes sont généralement de haut niveau, notamment Hermitage et Condrieu. Ce dernier, avec son cépage unique, a la réputation de devoir être bu jeune : c’est une erreur car certains des meilleurs Condrieu sont d’un niveau de qualité qui leur permet de s’améliorer pendant vingt ans sans difficulté. Les Crozes-Hermitage et Saint-Joseph offrent des vins plus prosaïques en blanc, sauf quelques rares domaines qui cultivent l’excellence.

Articles détaillés :

Condrieu

Côte-Rôtie

Crozes-Hermitage

Hermitage

Saint-Joseph

Côtes du Rhône méridionales

Si le Nord est le royaume d’un cépage, le Sud est un régime parlementaire et cacophonique — ce qui est un affreux pléonasme; treize cépages y sont en effet présents, sans compter les clandestins. Grenache (noir, gris, blanc), Mourvèdre, Cinsault, Syrah, Vaccarèse, Roussanne, Bourboulenc… En tout, huit rouges et cinq blancs, que l’on ne retrouve qu’exceptionnellement au complet dans un vin (Beaucastel est peut-être le seul à le faire, avec La Nerthe).
La particularité de Châteauneuf-du-Pape, la plus prestigieuse des appellations sudistes, c’est qu’elle est « à jamais la première ». La première appellation d’origine contrôlée, par la volonté du baron Le Roy de Boiseaumarié, propriétaire du château Fortia. Mais la vigne date sans doute de l’Empire romain, puis avec une nouvelle étape grâce à l’Église, le vin sera mis en valeur à partir de l’arrivée des premiers papes d’Avignon, et surtout du premier d’entre eux, Bertrand de Goth, ancien archevêque de Bordeaux, le fameux Clément V.
Il ne faut toutefois pas oublier les autres appellations sudistes : Vacqueyras, Gigondas, Lirac, Tavel, Beaumes-de-Venise et le plus bel oxymore : Vinsobres. Ils procurent des vins d’un bon rapport qualité-prix, avec quelques pépites. La grande épreuve à laquelle sont confrontés les vins du Sud en général, et les Châteauneuf en particulier, est évidemment celle du réchauffement climatique — et ce ne sont pas les galets brûlés par le soleil qui l’en empêcheront.
Toutefois, forts de leurs décennies d’expérience, les vignerons mettent en place des stratégies de contre-feu : les blancs de Châteauneuf sont, depuis quelques années, parmi les plus intéressants du vignoble français. Et si certains rouges sont à la limite du buvable avec leurs 16 % d’alcool (du moins déclaré, certains sont encore au-dessus), d’autres s’efforcent de maîtriser les équilibres. La gourmandise des Châteauneuf ne s’en ressent pas, bien au contraire.