Domaine de la Romanée-Conti
Romanée-Conti est certainement le cru le plus célèbre du monde, avec son hectare et 81 ares. Sa réputation est ancienne : avant d’être Leroy & de Villaine, il fut acquis en 1760 par le prince de Conti, généralissime et éphémère candidat au trône de Pologne, au nez et à la barbe de la Pompadour, maîtresse de Louis XV. Confisqué à la Révolution, puis repris par M. Duvault-Blochet en 1869, il échut aux familles Chambon et de Villaine, mais la part des Chambon fut rachetée par Henri Leroy. Ses deux filles donneront naissance aux branches Roch et Bize, toujours propriétaires avec la vaste famille de Villaine.
Propriétaire en Monopole de la Romanée-Conti et de la Tâche, le domaine possède une importante parcelle de Romanée-Saint-Vivant (5,28 ha sur les 9 de l’appellation) et de Richebourg (3,5 ha sur les 8 de l’appellation), ainsi que 3,5 hectares de Grands-Échezeaux et 4,5 d’Échezeaux. Il a acquis une petite parcelle de Montrachet (0,6 ha), ce qui reste un exploit.
La particularité du domaine est de vendre des caisses panachées, dont la composition typique était d’une Romanée-Conti, trois La Tâche, et deux bouteilles des autres grands crus (Richebourg, Saint-Vivant, Grand-Échezeaux et Échezeaux). La composition pouvait varier selon les clients et la vendange, quelques privilégiés recevant aussi une Montrachet.
Le destin du domaine bascule en 1988 : la part de la maison Leroy (50% du volume en commercialisation) ne se vend pas, les vins étant jugés médiocres. Intervient un jeune professionnel du vin qui achète en bloc toute cette moitié de la récolte, fait mettre au domaine les vins en caisse de douze bouteilles homogènes et revend, en exclusivité mondiale, des caisses de douze Romanée-Conti, dont il tirera un bénéfice considérable. Hélas ! cela allait le conduire à vendre les autres cuvées au rabais, suscitant l’ire des importateurs officiels qui achetaient directement au domaine. Ainsi, Aubert de Villaine et Madame Pauline Roch décidaient d’exclure Madame Bize (la fameuse Lalou Bize-Leroy) du Conseil de Surveillance, l’estimant responsable de la situation.
Le domaine décidait dans la foulée de modifier ses pratiques culturales, avec l’introduction du bio, la diminution de la chaptalisation, puis à la fin des années 1990 le passage en biodynamie.
L’autre évènement notable des années qui suivirent est l’agrandissement du domaine avec la prise en fermage du domaine du prince Florent de Mérode. Avec celui-ci, deux nouveaux grands crus entraient dans l’escarcelle du domaine : Corton et Corton-Charlemagne.
Domaine du Château de Vosne (Comte Liger-Belair)
Propriétaire de la parcelle de la Romanée et d’une parcelle de Reignots, Louis-Michel Liger-Belair est l’héritier d’une dynastie viticole commencée en 1815 par le premier général de la famille. Au gré des successions, la famille perd en 1933 l’essentiel de ses propriétés (notamment La Tâche, des parcelles de Richebourg et de Clos-Vougeot ainsi que de Chambertin). Heureusement, le grand-père de Louis-Michel réussit à racheter La Romanée et quelques parcelles que l’on retrouve aujourd’hui. Après des études d’ingénieur agri et d’œnologie, Louis-Michel reprend peu à peu le flambeau dans l’attente de la fin du contrat qui le lie à Bouchard Père et fils, exploitant des vignes et commercialisateur exclusif.
Le succès est immédiat : la qualité des vins fait un saut, la reconnaissance est immédiate, dès les premiers millésimes (les vinifications commencent en 1999 mais le transfert définitif a lieu en 2002). Dynamique et impliqué dans la vie de la commune, le domaine ouvre aussi un bar à dégustation qui propose des vins de tous horizons.
Domaine Jean Grivot
Ce domaine familial traditionnel est aujourd’hui dirigé par Mathilde Grivot, avec Hubert et brio. La tradition des grands vins est ancienne : les vins des années 50 étaient déjà sublimes. Ici, pas de fracas, pas d’affirmations péremptoires, pas de révolution : les transmissions se font comme les vins, en douceur, avec un résultat remarquable. Son Clos-Vougeot est l’un des meilleurs, mais tous les vins méritent le détour, à des prix élevés, certes, mais pas ridiculement.
Domaine Méo-Camuzet
Ce domaine a pour particularité d’avoir été géré, au moins pour le vignoble, par Henri Jayer lui-même, qui y a construit son expérience et sa réputation. La gamme est riche de grands crus : Richebourg, Échezeaux, Clos-Vougeot et trois cuvées de Corton. Mais il est aussi l’heureux propriétaire d’une partie du Cros-Parantoux, rendu célèbre par Henri Jayer, toujours. Le domaine provient de vignes issues, par succession et acquisition, des familles Lamarche et Camuzet. Les Méo, ingénieurs de haut vol, particulièrement Jean Méo, du corps des Mines, laissèrent leurs vignes en métayage.
Jean-Nicolas Méo, après de brillantes études qui ne le destinaient pas au vin, décide en 1989 de s’essayer à la gestion de domaine viticole : un pari audacieux à l’époque, quand la quasi-totalité des vignes sont en fermage. Peu à peu, il récupère les vignes à la faveur de la retraite de ses métayers, et se fait rapidement reconnaître comme l’un des plus fins élaborateurs de Vosne-Romanée : ses vins atteignent une gourmandise qui ne va jamais à l’excès, en gardant une élégance et une sobriété de bon aloi.
Bien évidemment, les prix sont élevés, mais là encore la raison permet aux amateurs de se procurer encore quelques belles bouteilles de ce domaine. Jean-Nicolas Méo a également développé une gamme de négoce « Méo frère & sœur » de très bonne qualité.
Mongeard-Mugneret
Un excellent domaine familial d’une taille considérable pour la région : 30 hectares. Issu de deux dynasties vigneronnes, il a su par miracle préserver son unité et s’agrandir, grâce au travail de l’infatigable Vincent Mongeard, qui réussit dans le même temps à faire construire un lieu de réception au cœur du village, créer des nouvelles cuvées (dont une à base de Malbec) et préserver l’héritage qualitatif du domaine, aussi connu pour son Savigny « Les Narbantons » que pour son Richebourg. Peu de critiques à faire sur ce domaine à la qualité ancienne, à l’étiquette inchangée depuis des décennies, avec peut-être une légère baisse de la qualité des bouchons dans les années 80… Ce n’est certainement plus le cas depuis longtemps ! Les tarifs sont à l’avenant.
Domaines Gros
S’il est une dynastie à l’histoire compliquée, c’est bien celle des Gros à Vosne-Romanée. Cette famille sympathique est unie et divisée, comme on le voit rarement en Bourgogne. A l’origine était donc le domaine Louis Gros connu aujourd’hui sous le nom de Gros Frère et sœur, qui se répartit entre Jean et François Gros, lesquels avaient déjà leur propre domaine qui coexistait avec le précédent.
Le domaine Jean Gros devint le domaine Michel Gros, qui choisit de conserver le Monopole du Clos des Réas 1er cru, renonçant ainsi à quelques parcelles de Grand Cru ; heureusement, son fils semble vouloir garder le même nom ! A ses côtés, Bernard Gros hérita du nom de domaine Gros Frère et sœur, ce qui était un avantage certain, du fait de son antériorité. Il produit toujours un éventail de grands crus (Richebourg, Clos-Vougeot, Échezeaux…). Leur sœur (la sœur de Michel et Bernard) Anne-Françoise constitua son propre domaine, baptisé avec beaucoup d’originalité « Anne-Françoise Gros ». Elle possède de très belles parcelles.
Mais comme ce n’était pas assez compliqué, François Gros décida d’associer sa fille et de rebaptiser son domaine Anne & François Gros, qui devint ensuite Anne Gros. On peut donc retrouver des étiquettes Anne & François en même temps que des étiquettes Anne-Françoise : je ne sais pas comment la clientèle internationale s’y retrouve !
Après avoir dit tout le bien qu’il fallait penser de cette famille, parlons des vins : ils sont très différents. Anne Gros est la plus cotée de tous : elle fait des vins très respectueux de leur terroir et préfère s’effacer derrière la typicité du vin plutôt que d’imposer un style ; c’est sa marque de fabrique, avec un ton un peu professoral lorsqu’elle est d’un autre avis que son interlocuteur.
Anne-Françoise Gros produit des vins fins et subtils, élégants et presque austères : c’est son mari François Parent, de Pommard, qui les vinifie. Ceci explique sans doute l’identité particulière du domaine, excellent mais différent.
Bernard Gros est le jovial propriétaire de la marque « Frère et sœur », même si ce nom fait référence à la génération précédente. Il a su mener le domaine à des sommets qualitatifs avec des vins d’une grande régularité, à la bonne capacité de vieillissement, à la fois gourmands et intelligents.
Michel Gros, le géant de la famille, s’est installé juste à côté. Il fait des vins qui privilégient la tradition bourguignonne aux habitudes modernes : si l’on veut boire un vrai bon Bourgogne à l’ancienne, c’est ici ! Les vins ont besoin de temps, y compris le Hautes Côtes de Nuits tout simple, un des meilleurs de la côte (à tel point qu’il en a fait trois cuvées). Il possède le Clos des Réas en monopole.
Toute cette notice sur les Gros est déjà caduque au moment où ces lignes sont écrites, car la nouvelle génération prend les rênes de tous les domaines à peu près en même temps : il faudra attendre quelques années pour voir si les jeunes sont à la hauteur – ce dont on ne doute pas – et si le style des vins évolue. Par pitié, qu’ils ne changent pas les noms de domaine !
Domaine Lamarche (Henry, François, Nicole)
Le domaine Lamarche est avant tout connu pour son premier cru devenu grand : La Grande Rue (1992). Il faut dire que sa situation, coincée entre La Tâche et la Romanée-Conti, rendait ce classement particulièrement nécessaire. Et pourtant, comme souvent, ce n’est pas à son apogée qu’il en a été ainsi : jamais les vins du domaine Lamarche n’auront été aussi bons que sous la direction de Nicole. Le classement résulte simplement d’une logique géographique.
Le domaine est actuellement secoué par des turbulences et des pertes de vignes, il est donc difficile d’en présager l’avenir.
Domaine Mugneret-Gibourg (Georges Mugneret)
Créé par l’union de deux familles, ce domaine est dirigé par les sœurs Marie-Andrée et Marie-Christine Mugneret, après leur mère Jacqueline et avant leurs filles Lucie, Marion et Fanny. Il serait donc facile de dire que le style des vins est féminin, fin, élégant, mais on peut affirmer qu’il est resté dans la continuité de Georges, qui avait déjà une grande réputation. Réputé pour son style classique, fidèle à l’esprit de Vosne, le domaine a été créé en 1933 et s’est agrandi avec des parcelles de Clos-Vougeot, ainsi que des Nuits-St-Georges et des Chambolle-Musigny. Autrefois divisé en deux étiquettes (Georges Mugneret et Mugneret-Gibourg), il a été fusionné sous la bannière Georges Mugneret-Gibourg.
Domaine Cathiard
Autrefois domaine discret de Vosne, le domaine Cathiard a pris son envol sous l’impulsion de Sylvain Cathiard, qui a succédé à son père André. Aujourd’hui, son fils Sébastien continue l’œuvre paternelle. La progression est fulgurante : en trente ans, Cathiard est passé de quasi-inconnu à domaine culte.
Le vignoble comprend des villages et premiers crus de Vosne (En Orveaux, Aux Reignots, Aux Malconsorts), ainsi qu’un Clos de Vougeot. Les vins se distinguent par un style immédiatement séducteur : riches mais jamais lourds, veloutés, intenses et très raffinés. La critique les adore, les amateurs aussi — à condition de trouver une bouteille. Les allocations sont microscopiques et les prix envolés, le marché secondaire s’étant chargé d’amplifier le phénomène.
Cathiard incarne donc l’école moderne de Vosne : du plaisir immédiat mais aussi du fond, pour ceux qui patientent.
