Côte de Nuits : les grands crus

Morey-Saint-Denis

Clos de Tart 

Longtemps propriété de la famille Mommessin, déjà considéré comme un immense terroir, mais sous-exploité, le Clos de Tart fit un bond spectaculaire en tombant en 2017 dans l’escarcelle d’Artémis (Groupe Pinault), tant en qualité qu’en prix. Monopole, il bénéficie « à la bordelaise » (mais la cuvée existait déjà avant le rachat) d’un second vin, la Forge de Tart, qui offre un excellent vin à prix un peu plus doux…

Clos des Lambrays

Vin dont la qualité incertaine a longtemps désarçonné les amateurs, il a fini par être repris en 2014 par LVMH, pour une fois en avance d’un bon coup sur Artémis. Hélas, ce n’est pas un monopole, une ouvrée restant propriété du domaine Taupenot-Merme… Gageons que les vins ne pourront que bénéficier du travail des équipes du groupe de luxe.

Clos de la Roche

Érigé en 1936 en appellation Grand Cru, avec quatre hectares et demi, sa surface est portée en 1944 à quinze hectares.  Comme son nom l’indique, la terre est peu épaisse et la roche y affleure.

Loin derrière le Clos de Tart, en termes de cote, d’image et de notoriété, il reste un bon cru à un prix relativement raisonnable en comparaison de son puissant voisin, ou dans le contexte des grands crus de la côte.

On privilégiera Dujac, La Pousse d’Or, Arlaud et Castagnier, sans oublier Ponsot sur les millésimes anciens, avec une nuance sur la régularité de ses cuvées.

Clos Saint-Denis

Heureusement, le docteur Jules Lavalle mentionne déjà ce cru presque invisibilisé du vignoble bourguignon ! Avec ses 2 hectares 40, cette enclave microscopique de Morey-Saint-Denis aurait pu ne jamais voir son statut reconnu. Ce fut pourtant le cas, en 1935, à l’instar du Clos de la Roche et des Bonnes-Mares.

Il a, comme tant d’autres, vu sa surface agrandie en juillet 1944, l’une des dernières mesures du gouvernement de Vichy, toujours en vigueur.

Il porte le nom de Saint-Denis par la grâce du fondateur du collège de Vergy, qui avait été évêque de Paris.

Un nombre non négligeable de producteurs se partagent cette petite appellation, dont le plus recherché est évidemment Dujac, mais on peut citer également Amiot-Servelle, Castagnier, Magnien…

Gevrey-Chambertin

Chambertin

Le champ de Monsieur Bertin est évidemment la star de l’appellation, même s’il était à l’origine un pré à vaches voisin du prestigieux « Clos de Bèze ». C’est au XVIIe siècle qu’il acquiert déjà une certaine réputation. Au début du XIXe, Napoléon en aurait fait son vin préféré, y compris pendant la campagne d’Égypte.

Couvrant aujourd’hui plus de 14 hectares, le Chambertin produit des vins d’une grande finesse, vinifiés par les meilleurs domaines : Armand Rousseau, Dujac, Trapet, Tortochot, ainsi que d’autres… perfectibles.

A l’origine, le coq au vin était réalisé avec du Chambertin. Le prix actuel ne peut plus guère justifier cette pratique !

Clos de Bèze

Aujourd’hui appelée Chambertin-Clos de Bèze (depuis 1932), cette parcelle est la plus ancienne et fut la plus prestigieuse de Gevrey ! C’est en effet là que se situaient les vignes de l’abbaye de Bèze, plantées au VIIe siècle.

Le prestige est le même que celui de Chambertin, avec des producteurs différents.

Mazis-, Charmes-, Mazoyères-, Latricières-, Griotte-, Chapelle- et Ruchottes-Chambertin

Les nombreux grands crus satellitaires des deux précédents offrent de bons vins, moins complexes et offrant moins un moindre potentiel. On y trouve cependant quelques pépites, mais ils sont souvent égalés par les vins du Clos Saint-Jacques.

Chambolle-Musigny

Musigny

Sans doute le plus grand cru de Bourgogne hors de Vosne-Romanée, Musigny offre tout ce qu’un grand vin peut offrir : puissance, longueur, complexité, élégance, capacité de vieillissement… Il bénéficie aussi d’un substrat de grands producteurs, parmi les meilleurs de toute la Bourgogne : locaux (Comte de Vogüé, Mugnier, Roumier…) et extérieurs (Leroy, Drouhin, Jacques Prieur…). Celui de Leroy est tout simplement le vin le plus cher du monde !

Bonnes-Mares

Parent pauvre du village, ce grand cru de qualité est dépassé en cote par le glorieux premier cru « Les Amoureuses ». A cheval sur Chambolle et Morey où il voisine avec le Clos de Tart, il présente la caractéristique d’être l’un des derniers à avoir été défini par le régime de Vichy en juillet 1944. Sa notoriété discrète vient sans doute de sa taille (à peine 15 hectares) et le très grand nombre de propriétaires qui se le partagent, empêchant l’appellation d’avoir un vrai champion qui porte ses couleurs.

Vougeot

Clos de Vougeot

Le village est presque synonyme de grand cru ! Bénéficiant d’une histoire exceptionnelle, du clos le plus important de Bourgogne, Vougeot n’a en effet que quelques ares en villages (3 ha), et quatre premiers crus qui représentent à peine 20% du total planté en vignes.

Le Clos-Vougeot fut constitué ainsi vers 1330 par les moines de l’Abbaye de Cîteaux, qui en furent propriétaires jusqu’à la Révolution française, qui le leur confisqua. C’est donc, comme toujours, la riche bourgeoisie locale qui en fit l’acquisition, la famille Ouvrard en premier, puis au gré des successions, ventes et reventes, une multitude de producteurs en acquirent quelques arpents.

Le Château de La Tour en est le premier producteur, ayant pu réunir quelques parcelles éparses, issues de la famille Morin-Labet. Les 45 hectares restant sont répartis sur 80 propriétaires ! Les plus recherchés sont sans doute ceux de René Engel (aujourd’hui le domaine d’Eugénie), des Gros (propriétaires des Musigni et des Maupertuis, lieux-dits réputés), de Méo-Camuzet, et de Grivot.

Tous les Clos-Vougeot ne se valent évidemment pas. Les parcelles hautes, proches de Musigny et des Grands-Échezeaux, sont historiquement les mieux notées, tandis que les parties basses, plus fertiles, produisent des vins souvent moins concentrés. Certaines années pluvieuses font du bas du clos une véritable « mare aux canards », peu adaptée à la production de vin.

Vosne-Romanée

Romanée-Conti

Tout a déjà été écrit sur ce mythe absolu de la viticulture mondiale. Un hectare six ou huit, selon les mesures, la production de 9 000 bouteilles autrefois qui est passée plutôt à 5 000 en moyenne, une histoire prestigieuse portée par l’acquisition par Louis-François de Bourbon, prince de Conti, héros de guerre et auteur de la célèbre phrase « impossible n’est pas français », injustement attribuée à Napoléon.

Les vins de Bourgogne sont à la mode depuis Louis XIV, où ils supplantèrent les vins (rouges) de Champagne. La Pompadour, maîtresse royale de Louis XV, prépare son avenir en cherchant à acquérir un domaine viticole : ce sera le prince de Conti, par vengeance, qui y parviendra, la Pompadour ayant tout fait pour réduire l’influence de celui-ci à la Cour.

C’est en 1869 que la famille Duvault-Blochet acquiert le domaine. Divisé entre la famille Chambon et la famille de Villaine, connaissant des difficultés financières, la moitié des Chambon est rachetée en 1942 par un négociant enrichi pendant l’Occupation, Henri Leroy.

En 1945, devant l’affaiblissement du vignoble « franc de pied » qui ne produit plus que 600 bouteilles, l’ensemble des vignes est arraché et remplacé : il faudra attendre 1952 pour revoir une bouteille de Romanée-Conti.

Henri Leroy, génie commercial, reprend 50% de la distribution pour sa maison de négoce. L’une de ses filles se passionne pour le vin et dirigera le domaine familial (Leroy) puis plus tard son propre domaine (Auvenay) avec un succès inégalé. Son influence ne sera toutefois pas la même à la Romanée-Conti, et son exclusion en 1990 fit grand bruit. En conflit ouvert avec Aubert de Villaine, elle s’attellera à produire les plus grands vins de Bourgogne, stimulant, par un heureux retournement, le domaine de la Romanée-Conti qui réduisit drastiquement les rendements, se convertit au bio et à la biodynamie, et retrouva pleinement les qualités qui en avaient fait le vin le plus mythique du monde.

Revers de la médaille, c’est aussi le plus falsifié, et il existe plus de 1945 en circulation aujourd’hui qu’il n’en avait été produit à l’époque, y compris des jéroboams évidemment ridiculement faux. La plupart de ces fausses bouteilles sont produites en Italie, réunissant dans une trinité atroce, la connaissance du vin, les métiers du vin (verrier, bouchonnier, capsulier) et la capacité à menacer ces intermédiaires pour les contraindre à faire des faux.

La Romanée

Voisine de la Romanée-Conti, plus petite encore (80 ares), la Romanée appartient à la même famille depuis 1815, malgré des soubresauts familiaux nombreux. Située à côté de la Romanée-Conti et de Richebourg, juste au-dessus des Reignots, la parcelle « En la Romanée » est rachetée à son beau-père par le général comte Liger-Belair, puis transmise à son neveu et fils adoptif Bocquillon Liger-Belair, dont les descendants sont toujours aux commandes du château de Vosne.

La famille possèdera les plus beaux crus de Bourgogne : La Tâche, La Grande Rue, des parcelles de Clos-Vougeot et de Chambertin, Saint-Georges… en association avec la famille Marey, que l’on retrouve sur les étiquettes jusqu’en 1933, date à laquelle le domaine est liquidé aux enchères : la famille ne conserve que le château, La Romanée, les Reignots et les Chaumes.

Jusqu’en 2005, les vins sont commercialisés par Bouchard Père et fils. A partir de 2002, Louis-Michel Liger-Belair commence à vinifier et étiqueter sous son nom, le même vin qu’il livre à Bouchard. Il est un fervent défenseur de la biodynamie, qu’il applique dès le début. L’ensemble de sa production est d’ailleurs d’une qualité exceptionnelle, bien reflétée dans les prix.

Romanée-Saint-Vivant

Troisième grand cru de Vosne à porter ce nom qui rappelle la présence romaine en Bourgogne, Romanée-Saint-Vivant porte aussi celui de l’Abbaye de Saint-Vivant, responsable de la mise en valeur du vignoble local. C’est aussi le moins prestigieux des trois dans l’imaginaire collectif, ce qui n’en fait pas moins un cru exceptionnel.

Le ton est donné évidemment par le domaine de la Romanée-Conti, qui en possède 5,30 hectares. Sa Romanée-Saint-Vivant est inférieure en prix à La Tâche et Richebourg, rejointe même par ses Grands-Échezeaux. C’est tout l’inverse chez Leroy, Madame Bize en ayant fait son porte-drapeau, en utilisant des méthodes radicales : jamais plus de cinq grappes de raisin par pied ! Elle choisit encore, personnellement, et à plus de 90 ans, les grappes qui doivent disparaître.

Romanée-Saint-Vivant est donc un excellent grand cru, qui doit être traité avec le même respect que son voisin Richebourg, souvent plus coté.

Richebourg

En dehors des Monopoles, il s’agit bien là du cru le plus prestigieux de Vosne. Son prix, toujours élevé, est toutefois variable selon les producteurs. Si le prix le plus élevé fut atteint par celui d’Henri Jayer (pour peu qu’il soit authentique), les meilleurs se retrouvent chez Grivot, Méo-Camuzet, les Gros et le domaine de la Romanée-Conti, sans oublier Thibault Liger-Belair.

Comme tous les grands vins de Bourgogne, il doit vieillir de nombreuses années avant d’être dégusté : au moins dix ans dans les petits millésimes (2013) et bien plus longtemps dans les grands (1959, 1971, 1978, etc.)

La Tâche

L’autre monopole du domaine de la Romanée-Conti bénéficie du prestige de son propriétaire mais aussi de sa situation au sein de Vosne. Il faisait déjà partie des quatre « têtes de cuvée » identifiées par le Dr Jules Lavalle en 1855 (avec Romanée-Conti, La Romanée, Richebourg).

La parcelle « La Tâche » proprement dite faisait un hectare et demi, juxtaposée aux Gaudichots (4 ha 60), ce qui conféra à l’appellation « La Tâche » la surface de six hectares environ. Que dire de ce vin, immense, qui ne soit pas la redite de milliers de commentaires de dégustation dithyrambiques ?

De nombreux dégustateurs prétendent que La Tâche est souvent supérieure à la Romanée-Conti. Il faut comprendre que cela est sans doute vrai, notamment dans les années 50/60, après la replantation intégrale du vignoble de Romanée-Conti, lorsque les vignes étaient très jeunes.

L’autre élément de réflexion consiste à suggérer que la plupart des commentateurs ont bu plusieurs fois La Tâche mais peu souvent la Romanée-Conti. Les clients historiques du domaine n’étaient pas rares, qui vendaient l’unique bouteille de Romanée-Conti pour se rembourser l’entièreté du coût de la caisse !

Enfin, il est vrai que le Monopole ne facilite pas l’appréciation de la part due au terroir et de celle due au producteur : on ne saura jamais si un autre producteur pourrait en tirer un meilleur résultat !

Les étiquettes avant 1933 sont de Marey & Liger-Belair (parfois aussi des mises Nicolas), on peut aussi trouver en 1973 des mises en bouteilles par Patriarche, qui avait racheté une partie de la vendange. Suite aux protestations du domaine, elles furent ensuite vendues sous l’étiquette Vosne-Romanée 1er cru. De rarissimes bouteilles de Bernard Noblet (régisseur du domaine de la Romanée-Conti) peuvent aussi apparaître sous l’étiquette : Vosne-Romanée 1er cru « Les Gaudichots ».

La Grande Rue

S’il est le plus récent des grands crus de Vosne, il n’est pas le plus mal placé ! Entouré des parcelles historiques des Gaudichots/La Tâche, de la Romanée-Conti et de Romanée-Saint-Vivant, il était étonnant qu’il ne le fût point. Injustice réparée en 1992, après le classement initial de 1943 en premier cru.

Et pourtant : à l’image du reclassement de Mouton-Rothschild en 1973, ce n’était pas forcément la meilleure période qualitative du domaine ! Les vins ne paraissaient pas mériter un tel honneur, et il fallut attendre la nouvelle génération avec Nicole Lamarche pour trouver enfin de grands vins.

Les dissensions familiales liées aux successions ont fait perdre au domaine de nombreuses parcelles. Le Monopole de la Grande Rue est pour le moment préservé.

Flagey-Échezeaux

Commune voisine de Vosne et de Vougeot, Flagey bénéficie de deux grands crus, que l’on associe généralement à Vosne.

Grands-Échezeaux

Coincé entre Échezeaux et le Clos-Vougeot, ses neuf hectares expriment une personnalité différente des crus vosniers, sans avoir à en rougir plus que par la cuvaison. C’est un terroir à fort potentiel, comme le démontre ces dernières années le domaine de la Romanée-Conti qui y effectue un travail remarquable, au point que la cote de son Grands-Échezeaux ne cesse de monter depuis les années 2005.

Grands-Échezeaux est un vin qui peut s’apprécier un peu plus tôt que d’autres grands crus de la côte, mais demande tout de même une quinzaine d’années pour s’épanouir.

De très bons producteurs font vivre cette appellation : on retiendra notamment Gros F&S, Mongeard-Mugneret, Joseph Drouhin…

Échezeaux

C’est le petit chose des grands crus de Vosne. Et pourtant, sa surface est gigantesque : 36 hectares ! En conséquence, le nombre de producteurs est immense, grands et petits, certains pour qui c’est le seul grand cru (Domaine des Perdrix, Bizot…) et d’autres pour lesquels il s’agit du plus faiblard… On doit goûter pour trouver son favori !