Longtemps parent pauvre de la côte de Nuits, le vignoble de Morey-Saint-Denis doit une grande part de sa réputation aux grands crus qui le parsèment. On doit notamment à Nicolas-Joseph Marey, neveu de Gaspard Monge, l’achat du Clos de Tart en 1791, après la confiscation des biens ecclésiastiques (la plupart des vignobles de Morey appartenant alors à des abbayes). Le Clos de la Roche conquiert aussi une certaine notoriété au début du XIXe siècle, alors que les vins de la région étaient généralement achetés par le négoce pour être assemblés à ceux de Gevrey ou de Chambolle… Autres temps, autres mœurs !
Ce n’est qu’à partir de 1919 que les vins durent obligatoirement porter le nom de leur origine — pratique partiellement respectée, mais qui provoqua l’émergence des vins de Morey. Les grands crus furent agrandis à partir de 1936, date de la création de l’AOC ; le Clos de Tart devint grand cru en 1939, tandis qu’il fallut attendre 1981 pour que le Clos des Lambrays accédât au même rang.
L’appellation produit un peu de blanc sur les Monts-Luisants, à partir d’aligoté (moins de 4 ha). La surface globale reste petite : environ 90 ha pour les rouges en villages et premiers crus, auxquels il faut ajouter les grands crus : 7,5 ha pour le Clos de Tart, 16,5 ha pour le Clos de la Roche, 6 ha pour le Clos-Saint-Denis, près de 9 ha pour le Clos des Lambrays, sans oublier la partie des Bonnes-Mares qui chevauche Chambolle et Morey (à peine 1,5 ha).
Les vins de cette aire sont généralement considérés comme austères, droits, fins et élégants, mais ils souffrent de la mode actuelle qui consiste à boire les vins trop jeunes. Ils ont aussi longtemps été desservis par les négociants, qui ne faisaient probablement pas leur maximum sur cette appellation difficile à vendre. Tout a changé avec le travail de Laurent Ponsot, star de l’appellation avec Jacky Truchot, et principal producteur de blanc. Vinrent ensuite des familles comme les Magnien, Arlaud, Castagnier, Lignier, qui ont commencé à produire des vins plus modernes, plus riches et plus plaisants, tout en respectant le terroir. Ils sont aujourd’hui les nouveaux porte-paroles d’une appellation qui mérite le détour. Gageons que la présence d’Artémis (groupe Pinault : Clos de Tart) et de LVMH (groupe Arnault : Clos des Lambrays) saura insuffler un nouvel élan pour donner à Morey la notoriété qu’il mérite.
