Curieuse invention que cette appellation, créée en 1987 pour différencier les crus classés du vulgum pecus des Graves, qui réunit deux zones bien distinctes dont le seul point commun est de vinifier simultanément des vins blancs et rouges. Distantes de quinze kilomètres, elles n’ont en commun ni le sous-sol ni l’environnement. Ainsi va le mystère des réglementations !
Le vignoble de Pessac est en effet urbain avant tout, proche de Bordeaux, entre l’aéroport, le tramway et le boulevard circulaire. La seule végétation est le bois du Bürck entre Picque-Caillou, le Luchey et le château du Bürck. Le vignoble de Léognan est campagnard, entre le boulevard circulaire (sud) et la forêt. La route d’Arcachon les traverse, le boulevard circulaire les borde, c’est le vignoble bordelais par excellence.
Sa notoriété est mondiale, notamment grâce à celui que l’on a appelé le seigneur des Graves : Haut-Brion. Vin préféré de Thomas Jefferson et de nombreuses personnalités au cours des siècles, propriété d’un vrai prince, auteur de millésimes de légende et héros de la guerre fratricide qui l’a un temps opposé à La Mission-Haut-Brion, c’est le vin de tous les superlatifs.
Mais l’appellation, aussi étrange soit-elle (les Bourguignons en auraient fait six, au minimum), possède ce charme d’offrir sur un petit territoire les plus grands vins blancs et rouges comme les plus petits, les plus chers comme les plus abordables, et tous leurs intermédiaires. Vins de garde en rouge comme en blanc (autrefois, du moins, pour ces derniers), vins typés avec ce célèbre « goût de graves », entre fumée, silex, cendre froide et suie, les Pessac-Léognan sont la région la plus intéressante pour l’amateur comme pour le visiteur, avec ses châteaux classés et ses vignobles uniques.
