Comme la Corse, le vignoble provençal date probablement de la création de la cité phocéenne, avec l’arrivée des Grecs. Mais ce territoire souvent conquis vit son vignoble mis à mal à la fin de l’Empire romain. C’est une nouvelle fois aux abbayes de la région que l’on doit sa résurrection. Le vignoble est historiquement réparti entre rouge aux deux tiers et blanc pour un tiers (un tout petit tiers), mais les soixante dernières années ont vu le développement considérable de ce qui allait devenir le vin emblématique de la région : le rosé, qui représente jusqu’à 80% de certaines appellations.
Divisé en plusieurs régions et appellations, le vignoble de Provence est donc constitué principalement de : Coteaux d’Aix, Palette, Cassis, Bandol, Bellet. La principale difficulté est évidemment le prix du foncier, une grande partie du territoire étant victime de la spéculation immobilière et foncière. Bellet est un vignoble microscopique qui ne tient que par la volonté des 11 propriétaires en activité, Palette est tout aussi petite mais avec moins de propriétaires, ce qui lui permet d’avoir une notoriété forte et une belle image, Cassis fait figure de « géant » avec ses deux cents hectares vinifiés essentiellement en blanc, par ailleurs excellent, sur seulement treize propriétés.
Bandol est l’incontestable seigneur des rouges, bien que les rosés aient une part plus importante dans la production vendue. Ses grands domaines, les trois principaux (Pradeaux, Tempier, Pibarnon), sont essentiellement réputés pour cette couleur et considérés à l’égal de très bons crus des autres régions viticoles. Le blanc y reste anecdotique.
Les coteaux varois produisent essentiellement du rosé, sur de grandes propriétés autour de Brignoles. Les coteaux d’Aix-en-Provence, situés autour de cette ville, sont sans doute les plus connus, avec leurs millions de bouteilles de rosé qui se déversent chaque fin de printemps dans les caves et restaurants du littoral français. C’est oublier que les rouges et les blancs sont dignes d’intérêt. Les Côtes-de-Provence sont la principale production, essentiellement en rosé. Vignoble morcelé entre la montagne Sainte-Victoire et l’arc Toulon-Fréjus-Draguignan, il serait certainement capable de produire autre chose, mais le succès du rosé étouffe toute possibilité de le faire !
Les Baux-de-Provence ont perdu leur héraut principal, le domaine de Trévallon, qui a osé assembler cabernet-sauvignon et syrah. Ce vin atypique, considéré comme le pionnier du renouvellement qualitatif de la région, en bio dès le départ, a conquis la place des amateurs malgré son exclusion de l’appellation !
Il existe 18 crus classés en Provence, désignation établie en 1942 puis modifiée en 1955 et jamais revue depuis. On y retrouve le clos Mireille (Ott – Louis Roederer) et château Minuty (LVMH). Il n’est pas certain que tous les autres soient à la hauteur du classement, ni que d’autres propriétés ne le méritent pas ! Mais une révision paraît difficile.
On peut aussi signaler l’arrivée de producteurs d’un nouveau genre : les stars américaines. A l’instar des fortunes françaises, de nombreux Américains sont tombés amoureux de la Provence, mais quelques-uns ont décidé de faire aussi des vins de haut niveau. Les vignerons historiques les voient parfois d’un mauvais œil, oubliant qu’ils ont dynamisé le marché pour tous. L’avenir des vins de Provence s’écrit aussi en anglais !
Les grands blancs sont plutôt à situer du côté de Cassis, avec l’excellent Domaine du Paternel mais aussi plusieurs propriétés très honorables, le plus coté est sans doute à Palette avec le château Simone, le Clos Mireille est toujours excellent mais les prix ont bondi de 50% depuis que c’est Roederer qui s’en occupe !
Quelques rosés sortent également du lot : on retrouve l’excellent château Simone, avec un rosé atypique qui ressemble vraiment à du vin, ou le Clos Cibonne (cépage tibouren). Assez loin de la piscine, ces vins prouvent que l’on peut faire des rosés de gastronomie, sans aller jusqu’aux prix stratosphériques de cuvées soi-disant spéciales.
La région connaît cependant un ralentissement, bien que moins violent qu’en Alsace ou à Bordeaux. Il n’est pas impossible que les néo-vignerons, investisseurs californiens ou grands groupes, n’y retrouvent pas les retours sur investissement espérés.
