Robert Parker

Critique le plus influent de la fin du XXe siècle, Robert Parker a profondément transformé le marché mondial du vin. Admiré pour son indépendance et son intégrité, contesté pour l’uniformisation qu’il a favorisée, il incarne à lui seul les dérives et les réussites de la critique moderne. Un arbitre du goût devenu acteur central de l’économie viticole.

Né en 1947 à Baltimore, Robert Parker a été le plus influent critique du vin pendant trente ans, de 1983 à sa retraite en 2019, même si l’on peut considérer que depuis 2012 les dégustations étaient déjà assurées par d’autres.

Maintenant que la poussière est retombée, on peut observer avec un peu plus de recul les effets, positifs ou négatifs, de son influence sur le monde du vin.

D’une part, Robert Parker a permis aux vins français de mieux s’exporter aux États-Unis. Il a mis en avant Pomerol, autrefois parent pauvre du Bordelais. Il a tiré les Côtes-du-Rhône, en particulier Châteauneuf-du-Pape, de l’image médiocre qu’ils avaient et leur a apporté une prospérité nouvelle. Il a inventé un système de notation (issu de ses études d’avocat) qui a fait autorité et a été copié par beaucoup, preuve de son succès. Et il a réussi tout cela sans que jamais personne ne mît en doute sa parfaite probité !

Côté sombre, il a contribué à la spéculation autour du vin, à l’uniformisation du style, pire, à un vin américanisé, qui ne correspond pas à l’usage que l’on fait du vin en Europe. Il préférait les vins puissants aux vins parfumés. Il goûtait le vin par le prisme de ses attentes techniques : petits rendements, fûts neufs, pas de collage ou de filtration, maturité du raisin excessive… et n’avait que dédain pour les vins de Loire, sans parler de ses mésaventures en Bourgogne avec Hubert de Montille.

Et que penser de son système de notation ? N’est-il pas ridicule de noter un vin un point de plus ou de moins qu’un autre cru d’exception ? D’autant plus que le résultat sera complètement différent quinze minutes plus tard, à l’aération, ou dix ans plus tard, au vieillissement.

Objet vivant, le vin ne se soumet pas aux notes : au mieux, on peut utiliser le système de Michael Broadbent, qui était sur cinq, et le cinq doit rester exceptionnel. Chaque niveau représente une qualité (outstanding, very good, good, average, etc.). On ne juge pas le vin en fonction de ses goûts personnels, mais en fonction des critères de qualité qu’il réussit à cocher : équilibre, identité du terroir, complexité, caudalies…

L’aventure Parker, aussi extraordinaire soit-elle à l’échelle d’un homme, démontre aussi les risques de la personnalisation excessive. Quittant leurs traditions, les producteurs, notamment bordelais, se sont détournés de leur clientèle traditionnelle au profit des investisseurs-spéculateurs. La crise d’aujourd’hui est aussi liée à la hausse des prix et des encours de stock de ces trente dernières années, faute de consommation réelle.