Vin et santé

Diabolisé, médicalisé, culpabilisé, le vin est devenu un objet de soupçon. Était-il pour autant, pendant des siècles, un poison collectif ? Peut-on encore parler sereinement de ses effets réels ? Un début de réponse.

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

Voici la phrase la plus stupide jamais imaginée par un esprit humain ! Car tous les abus sont nocifs, y compris d’eau ou de légumes verts.

La guerre sans ennemi

La consommation de vin est passée en un siècle de quotidienne à très occasionnelle, sous l’influence d’une hydre hygiéniste, qui a conduit en son temps à la prohibition – la période où les USA ont consommé le plus d’alcool, qui plus est frelaté, mais aussi avec le changement des modes de vie et, faut-il le dire, l’augmentation du prix.

La vraie question n’est donc pas de revenir à six litres de vin pour le travailleur, vin qui titrait d’ailleurs plutôt à 8,5 ou 9% d’alcool, ou au vin dans les cantines, pourtant très dilué et qui n’était visiblement pas au détriment des résultats scolaires… Il s’agit de comprendre les aspects bénéfiques d’une consommation de vin modérée, régulière, et adaptée.

Le vin est-il bon pour la santé ? La réponse est très claire : cela dépend.

Évacuons d’abord les deux hypothèses extrêmes : le docteur Emmérick-Adrien Maury, immortel auteur de Soignez-vous par le vin, préconisaitde guérir toutes sortes de maladies grâce au divin nectar : rhume, angine, rhumatismes, vue, cœur, etc.

De l’autre côté, les hygiénistes totalitaires, emmenés en son temps par le primesautier Professeur Got, décédé en 2023, rejettent toute consommation d’alcool auquel ils attribuent, dès la première goutte, un pouvoir tellement nocif qu’on se demande comment l’humanité a fait pour voir son espérance de vie progresser en même temps que la consommation du nectar de Bacchus.

Le professeur Got, dont chaque intervention faisait bondir les ventes d’anti-dépresseurs, voulait tout interdire, confondant volontairement vin et alcool. Or, dans le vin, il y a 13% d’alcool et 87% d’eau, et on n’appelle pourtant pas ce liquide de l’eau !

Facteurs multiples de la consommation

Le vin doit aussi être étudié dans toutes ses dimensions, hygiéniques, sociales, culturelles.

Car l’angle médical est multiple :

  • Statistique : les populations européennes qui consomment du vin avaient une meilleure espérance de vie que les autres
  • Scientifique : les polyphénols contenus dans le vin rouge, et essentiellement dans celui-ci, ont un effet antioxydant reconnu
  • Anti-dépresseur : à la fois par sa composition, mais aussi par les moments de convivialité et d’échanges, le vin a un rôle positif dans la lutte contre la dégénérescence cognitive (notamment Alzheimer) et un effet bénéfique contre la dépression.

Nous ne parlerons ici que du vin : quel que soit le plaisir que l’on retire d’un bon cocktail ou d’un cognac d’après-repas accompagné d’un cigare, il est difficile de croire que cela puisse être bon pour la santé !

Une approche du débat

Commençons par une vieille affiche du ministère de la santé : « Moyenne de vie humaine : 59 ans pour le buveur d’eau, plus de 65 ans pour le buveur de vin, 87 % des centenaires sont des buveurs de vin. Le vin, c’est le lait des vieillards ». Les pays latins ont, en Europe, montré une capacité à augmenter l’espérance de vie. Le French paradox, ou le menu méditerranéen, sont les deux modes qui ont couru  pendant les années 90 et 2000, les médecins américains recommandant de boire un verre de rouge par jour comme un médicament.

Or, s’il est vrai que la présence de molécules antioxydantes a été démontrée, on ne peut affirmer que le vin soit un médicament. C’est un élément d’une bonne hygiène de vie : s’il a un effet puissant sur le cholestérol, il reste avant tout l’accompagnement du repas, et c’est aussi dans cette dimension qu’il agit : repas conviviaux, plus lents, plus longs, qui facilitent la socialisation, permettent aussi de lutter contre le vieillissement et l’inexorable décrépitude du temps.

Voir aussi Soignez-vous par le vin !